SOMMAIRE


LÉGENDE DES APPRÉCIATIONS SUR LES OEUVRES


- : peu intéressant

* : assez bon

** : bon

*** : excellent

**** : exceptionnel


Exemple pour une oeuvre en plusieurs mouvements :

Concerto (*/*/-/*)

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DEBUSSY Claude (1862-1918)


DUO PIANO VIOLON

Sonate en sol majeur    (*/*/*)

L'absence d'inspiration, mais aussi l'excessive subtilité, à ce qu'il me semble, gâchent cette œuvre qui refuse les attraits du mélodisme cantabile au profit d'une recherche parfois alambiquée et stérile. Il se dégage fâcheusement de cette composition cultivant le registre grave du violon l'intention de ne surtout pas permettre à l'instrument de chanter selon son lyrisme propre.

HARPE

La transcription de ces deux pièces pour l'un des instruments favoris de Debussy ne semble pas les avoir transcendées. Si le thème principal de chaque pièce, excellent, demeure bien mis en valeur, les autres parties, à mon avis, ne bénéficient pas d'un traitement qui les rehausse.

La fille aux cheveux de lin transcription    (**)

Valse romantique transcription    (**)

ORCHESTRE

Prélude à l'après-midi d'un faune    (****)

Première œuvre ayant ouvert la voie de l'impressionnisme musical, le Prélude à l'après-midi d'un faune est représentatif du style orchestral debusséen qui variera relativement peu jusqu'à Jeux. Une mélodie sensuelle, insouciante, paresseuse, voluptueuse, hésitante, évolue à la flûte sur un fond mouvant de harpe et de cordes intervenant souvent comme des échos. Seule la clarinette prend le relais de la flûte pour un motif dérivé. Quelques tutti massifs s'enflent à l'orchestre, rappelant que Debussy, malgré ses déclarations tapageuses, a largement profité de la leçon wagnérienne. Cependant, le compositeur de Péléas et Mélisande ne recherche jamais les effets de puissance affectionnés par le maître de Bayreuth, et s'oriente plutôt vers une utilisation maîtrisée de crescendos avortant dès qu'il atteignent une certaine ampleur. Debussy préfère manifestement les effets très subtils de couleur orchestrale et tend vers une thématique imprécise qui refuse les résolutions trop évidentes comme en témoigne la coda, ou plutôt l'absence de coda.

Nocturnes 1899   

Nuages, comme le suggère son titre, évoque l'impalpable, l'aérien, l'indiscernable plus que tout autre œuvre de Debussy. Le compositeur s'oriente vers la recherche de cellules thématiques les plus lapidaires possibles, par exemple un thème de deux notes exposé d'abord au trombone. Il en résulte des effets d'une subtilité très poussée, qui n'atteignent cependant pas toujours, à mon avis, une grande intensité. Dans ce nocturne, Debussy manifeste sa prédilection pour les bois et les cordes divisées. Le style préfigure parfois Sibelius (l'ouverture à la flûte de la Symphonie n°1), parfois Holst (Les Planètes), et l'on y discerne nettement l'influence de la musique chinoise (un passage au centre à la flûte et au violon dans le médium). L'œuvre se termine par la réexposition des thèmes sur un roulement de tambour pianissimo comme les prémisses d'un improbable orage. Fêtes, en forme de marche, impose un rythme fortement scandé sous-tendant une succession rapide de motifs dans des registres instrumentaux très variés. On remarquera un superbe crescendo, à mon avis, débutant par la trompette pianissimo et s'épanchant avec la batterie et le trombone. L'œuvre est plus moderne par le traitement orchestral que par la thématique, qui demeure très classique. Sirènes développe les inflexions mélodiques d'un chœur féminin selon une coloration obsédante et angoissante sur un fond mouvant où domine la harpe et les bois. Ce nocturne, qui pourrait s'interpréter comme une ébauche de La Mer n'évite pas, me semble-t-il, une certaine monotonie.

Nuages (***)

Fêtes (***)

Sirènes ORCHESTRE AVEC CHŒUR FÉMININ (*)

Images 1905   

Après le chef-d'œuvre, à mon avis, du Prélude à l'Après-midi d'un faune, Images nous présente un Debussy qui me paraît insignifiant, pâle, sans couleur, anodin. Malgré un début mystérieux sur fond d'accords à la harpe, Gigues, qui doit évoquer l'Écosse, se perd à mon avis en motifs d'intérêt limité. Le manque d'originalité à mon sens apparaît de manière criante dans Iberia. Le rhapsodisme hispanique ne permet même pas, semble-t-il, à Debussy de faire émerger le moindre thème intéressant. Cet hispanisme, évoquant vaguement une atmosphère de fête et de concorde, ne constitue selon moi qu'un décor privé d'âme. Quelle différence avec les accents si bouillants et si intenses qu'atteint à mon avis Saint-Saëns dans le traitement de la musique espagnole. Ronde de printemps ne me paraît rien ajouter à cet ensemble terne.

Gigues (*)

Iberia (-/-/-)

Ronde de printemps (-)

La mer 1905    (***/-/-)

Il semble que l'art de Debussy atteigne dans cette œuvre ses limites au-delà de laquelle il s'oriente vers un art minimaliste où s'évanouit tout effet musical. Le premier mouvement (De l'aube à midi sur la mer) affirme à mon avis d'excellents motifs concis au maximum, s'évanouissant, se perdant dès qu'ils sont évoqués. L'un d'eux, constitué de deux accords en tutti est particulièrement évocateur. Le crescendo final aboutit à une reprise de ce motif en une coda de trois accords. L'intérêt du mouvement, me semble-t-il, est maintenu par une scansion rythmique légère qui anime les thèmes. Les autres mouvements (Jeux de vagues, Dialogue du vent et de la mer) sont constitués d'effets sporadiques, de bribes de motifs sans cesse apparaissant et disparaissant dans l'ombre, de phrases avortées traînant sans parvenir jamais à leur aboutissement. Les quelques crescendos, statiques et bruyants, traversant le dernier mouvement ainsi que quelques éclats de trompette ne parviennent pas, me semble-t-il, à relever l'intérêt de l'œuvre qui finit par sombrer dans un ennui mortel.

Jeux poème dansé 1913    (**)

La modernité de Debussy, dans sa dernière œuvre pour orchestre, s'exprime davantage par la déstructuration des thèmes que par la tendance vers l'atonalisme. En suivant à l'extrême son principe esthétique consistant à bannir tout développement, à tronquer toute mélodie avant d'atteindre sa résolution, Debussy, me semble-t-il, parvient à se stériliser. De cette suite d'ébauches thématiques jamais abouties, il reste des effets de couleur instrumentale pour lesquels le créateur de Péléas et Mélisande innove encore, par exemple les dernières mesures de l'œuvre. On remarquera l'importance relative des cordes alors que le compositeur, à juste raison, n'a pas recherché une originalité facile en utilisant outrancièrement les cuivres. La trame d'ensemble de l'œuvre semble beaucoup devoir à l'Apprenti sorcier, notamment le thème d'entrée, quelques éléments du crescendo et l'accord final. Malgré ses insuffisances thématiques, à mon avis,, Jeux affirme cependant par son originalité une certaine résurrection de Debussy qui paraissait mort dans Images. Incontestablement, me semble-t-il, dans cette œuvre, le compositeur renoue avec le génie.

PIANO

Véritable bible de la nouvelle sensibilité fin de siècle qualifiée d'impressionniste (au corps défendant du compositeur), l'œuvre pour piano de Debussy se révèle pleinement représentative de l'influence exercée par le compositeur. Plus que dans ses compositions orchestrales, les effets debussystes se révèlent, me semble-t-il, dans toute leur finesse et toute leur richesse. On pourrait dire que Debussy a non seulement atteint ici le maximum de subtilité qui se puisse concevoir en musique, mais qu'il l'a dépassé, engendrant ainsi parfois un discours musical où toute la puissance des effets impressionniste s'annule pour ne laisser subsister qu'un continuum morne et insipide. Les meilleures pièces sont probablement celles où Debussy appuie son discours musical sur une thématique précise, même si elle dérive par la suite vers des effets plus subtils, plus ou moins éloignés des thèmes d'origine. Nous pourrions citer En bateau, The snow is dancing, Serenade for the doll, Minstrels, Prélude... La meilleure série de pièces est peut-être la Petite suite. L'insignifiance vers laquelle aboutissent parfois les effets impressionnistes apparaît de manière caractéristique selon moi dans des pièces comme Des pas sur la neige, La cathédrale engloutie. Comme Liadov, et parfois comme Wagner, l'œuvre ne réduit à une suite de plages d'harmonies, d'effets ébauchés, qui ne trouvent jamais leur résolution, voire leur signification et où toute thématique se dilue. Les effets debussystes, comme il a été souvent dit avec juste raison, évoquent l'imprécision par des modulations hardies sans jamais pourtant sombrer dans l'atonalisme. On remarquera par ailleurs que le compositeur utilise le rhapsodisme slave ou hispanique conformément à la mode de la fin du dix-neuvième siècle, mais de manière circonscrite. Paradoxalement, rien n'est comparable avec l'utilisation qu'en fera Saint-Saëns dans des compositions qui n'ont pourtant aucune appellation rhapsodique. Le rhapsodisme reste pour Debussy un effet de couleur locale et ne devient jamais un système d'écriture. Sur le plan des influences, la seule qui apparaisse nettement me paraît être celle d'Albeniz. Ni celle de Chopin, ni celle de Liszt ou de Moussorgski ne me semblent réellement perceptibles, malgré les déclarations de Debussy lui-même. Il peut être intéressant de comparer l'œuvre de Debussy à celle de Rodrigo qui s'en est le plus inspiré. Par rapport à ce dernier, Debussy, paradoxalement, a recherché des effets plus purement impressionnistes et a tenté de les dépasser pour accéder à un modernisme qui ne va cependant pas jusqu'à la polytonalité. Au contraire, Rodrigo, utilisant les effets debussystes, y ajoute la puissance des effets rhapsodiques, sans se départir (ou exceptionnellement) d'une structure tonale et thématique solide.

Images   

Reflets dans l'eau (**)

Hommage à Rameau (**)

Mouvement (***)

Cloche à travers la feuillée (*)

Et la lune descend sur le temple qui fut (**)

Poissons d'or (**)

Children's corner   

Doctor Gradus ad Parnassum (**)

Jimbo's lullaby (**)

Serenade for the doll (****)

The snow is dancing (****)

The little sheperd (**)

Golliwogg's cake walk (***)

L'isle joyeuse    (**)

D'un cahier d'esquisses    (-)

12 études pour le piano   

pour les cinq doigts (-)

pour les tierces (-)

pour les quartes (-)

pour les sixtes (-)

pour les octaves (-)

pour les huit doigts (-)

pour les degrés chromatiques (-)

pour les agréments (-)

pour les notes répétées (-)

pour les sonorités opposées (-)

pour les arpèges composés (-)

pour les accords (-)

Arabesques   

n°1 (**)

n°2 (***)

La plus que lente    (***)

Préludes livre I   

Danseuses de Delphes (*)

Voiles (**)

Le vent dans la plaine (**)

Les sons et les parfums tournent dans l'air du soir (**)

Les collines d'Anacapri (***)

Des pas sur la neige (-)

Ce qu'a vu le vent d'ouest (***)

La fille aux cheveux de lin (**)

La sérénade interrompue (**)

La cathédrale engloutie (-)

La danse de Puck (**)

Minstrels (***)

Préludes livre II   

Brouillards (**)

Feuilles mortes (-)

La Puerta del vino (*)

Les fées sont d'exquises danseuses (*)

Bruyères (-)

General Lavine, eccentric (***)

La terrasse des audiences au clair de lune (*)

Ondine (**)

Hommage à S. Pickwick esq., P.P.M.P.C. (**)

Canope (***)

Les tierces alternées (**)

Feux d'artifice (**)

Suite bergamasque   

Prélude (**)

Menuet (**)

Clair de lune (***)

Passepied (*)

Pour le piano, suite   

Prélude (****)

Sarabande (**)

Toccata (**)

Rêverie    (***)

Nocturne    (**)

Danse tarentelle styrienne    (***)

Ballade slave    (**)

Masques    (**)

Danse bohémienne    (***)

Estampes   

Pagodes (**)

Soirée dans Grenade (**)

Jardins sous la pluie (***)

Valse romantique    (***)

Mazurka    (***)

Hommage à Haydn    (*)

Le petit nègre    (***)

Berceuse héroïque    (*)

Petite suite PIANO 4 MAINS   

En bateau (****)

Cortège (***)

Menuet (***)

Ballet (***)

Six épigraphe antiques   

Pour invoquer pan (**)

Pour un tombeau sans nom (**)

Pour que la nuit soit propice (****)

Pour la danseuse aux crotales (***)

Pour l'Egyptienne (**)

Pour remercier la pluie au matin (***)

Marche écossaise    (**)

En blanc et noir 2 PIANOS   

1 Avec emportement (*)

2 Lent; sombre (**)

3 Scherzando (**)

Lindaraja 2 PIANOS    (***)

PIANO ORCHESTRE

Fantaisie    (-)

Cette œuvre est certainement une des moins estimables de Debussy. Le style paraît figé, statique. Le piano semble inconsistant, sans relief. Quant à l'orchestre, il est à mon avis diffus, insipide. Quelques rares bribes de motifs aux cuivres ou aux bois se détachent. On retrouve cette tendance, négative me semble-t-il, du style impressionniste chez Brull, Liadov.

QUATUOR

Quatuor    (*/***/-/*)

Debussy ne semble pas trouver dans le quatuor, qui implique un art plus récitatif et mélodique, un genre susceptible d'exprimer le style impressionniste, et plus particulièrement dans le 3ème mouvement lent. Le second mouvement fait exception, exploitant magnifiquement les pizzicati à tous les instruments. Le créateur du Prélude à l'après-midi d'un faune parvient, me semble-t-il, à communiquer au quatuor une couleur instrumentale originale, qu'il avait d'ailleurs trouvée déjà avec les cordes de l'orchestre dans La mer. Le dernier mouvement, où s'intriquent intimement des bribes thématiques, me paraît peu intelligible.

SEXTUOR

Danses ALTO HARPE VIOLONS 2 FLÛTE VIOLONCELLE 1904    (*/-)

Œuvre peu lyrique, qui semble s'appesantir en une suite de motifs indéterminés, peu caractéristiques, privés de relief, à mon avis, d'intérêt limité. Curieusement, c'est la Danse sacrée qui paraît plus saillante que la Danse profane qui la suit.

TRIO

Sonate 1915    (***/*/***)

Dans cette œuvre, l'auteur de Pelleas et Mélisande cultive particulièrement le style aérien, celui du Prélude à l'après-midi d'un faune et plus encore peut-être celui de Nocturnes pour orchestre. On remarquera que, malgré ce dépouillement où conduit la recherche d'un thématisme de plus en plus ellipsé, la mélodie s'exprime largement, de même que la virtuosité. Peut-être peut-on regretter que l'alto, au timbre moins chaleureux, rompt quelquefois le charme bucolique qu'engendre l'association de la flûte et de la harpe, les deux instruments debussystes par excellence. Dans son ultime œuvre, Debussy n'aura pas confirmé l'extrémisme stérile de l'impressionnisme, me semble-t-il, qu'annonçait dangereusement Images. La sève, la sensualité circulent encore dans ces pages pourtant laminées à l'excès par un esprit désireux de rompre de plus en plus avec la mélodie récitative. Debussy affectionne ici les courts intermèdes d'un soliste à nu sur une structure arythmique (comme dans l'introduction du Petit berger pour piano) se dissolvant dans le silence. Toutefois, la thématique du second mouvement semble moins consistante, cependant que le dernier renoue avec une solide structure rythmique.

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