SOMMAIRE


LÉGENDE DES APPRÉCIATIONS SUR LES OEUVRES


- : peu intéressant

* : assez bon

** : bon

*** : excellent

**** : exceptionnel


Exemple pour une oeuvre en plusieurs mouvements :

Concerto (*/*/-/*)

icone Écouter
icone Voir une évaluation continue (pour chaque mouvement numéroté)



LIAPOUNOV Serguéï ( (1859-1924)


ORCHESTRE

Symphonie 1 B minor op 12 1887    (-/-/-/*) icone

Pas vraiment d’inspiration à mon avis dans cette oeuvre. Trop timides ces développements vagues sans substance. Pas d’influx dans ces pages. Rien n’accroche et ne capte l’attention véritablement. Une utilisation du registre instrumental pourtant assez large, une diversité pourtant appréciable, voire un certain brillant, mais il me paraît y manquer l’essentiel, cette frénésie qui crée le chef-d’oeuvre, cette tension impalpable qui évite à l’oeuvre de s’évanouir dans l’inconsistance. Pour résumer: 1er et 2ème mouvements plutôt lent, à mon avis peu saillants, le 3ème, une sorte de scherzo assez mou. Enfin, dans le 4ème - le meilleur à mon avis - quelques accents qui rappellent la Fantaisie sur des thème ukhrainiens, affadis, et quelques péroraisons aux cuivres qui réveillent un peu cette symphonie chloroformée.

PIANO

Prélude op 26 n°1    (*)

Mazurka op 9 n°1    (***)

Berceuse op 11 n°1    (**)

Études transcendantes   

Les Études transcendantes représentent à mon avis incontestablement un chef-d'œuvre pianistique. A la lisière entre le style lisztien et le style impressionniste, ces pièces se caractérisent, me semble-t-il, par un raffinement extrême et une souplesse inégalée. L'exploitation des aigus est particulièrement poussée, jusqu'à une certaine magie indicible, notamment dans Harpes éoliennes, Ronde des Sylphes, Carillon. Seule l'Élégie à la mémoire de Liszt, longue pièce assez touffue, représente à mon avis un échec total. En revanche, Leshinga, avec son charme ibérique obsédant, préfigure Albeniz. Liapounov réussit également l'exploit de concilier une clarté lumineuse avec une densité pianistique peu ordinaire. D'une remarquable souplesse pianistique par opposition au pianisme encore mal dégrossi des Études transcendantes de Liszt, ces pièces surpassent, à mon avis, celles, plus célèbres, qui leur servirent de modèle, ou peut-être, plus véritablement, de prétexte.

1 Berceuse (*)

2 Ronde des fantômes (***)

3 Carillon (****)

4 Terek (***)

5 nuit d’été (*)

6 Tempête (*)

7 Idylle (*)

8 Chant épique (***)

9 Harpes éoliennes (*)

10 Leshinga (***)

11 Ronde des sylphes (**)

12 Élégie à la mémoire de Liszt (-)

PIANO ORCHESTRE

Rien ne permet de rapprocher le Concerto n°2, souvent confus à mon avis et peu imaginatif, de la superbe Fantaisie sur des thèmes ukrainiens ou du Concerto n°1. Le style de cette œuvre est typiquement pseudo-impressionniste. L'influence de Liszt (celui de la Fantaisie hongroise) est assez nette, celle de Chopin également dans le coulé particulier des gammes, ainsi que celle plus tardive d'Arenski (Fantaisie). Toutes ces caractéristiques se retrouvent par ailleurs dans le Konzertstück de Cécile Chaminade. En première partie, le thème principal est traité en diverses variations, toutes éblouissantes à mon avis. Après une exposition de ce thème en une variante rythmique pour tout l'orchestre, l'œuvre s'enrichit de très nombreux motifs dans un rythme irrésistible, tout en gardant cette souplesse caractéristique du style de Fauré et d'Arenski. L'exploitation des graves et des aigus me paraît particulièrement poussée, et la cristallinité des timbres confère à l'œuvre une luminosité sans pareille. Par la densité des idées, la maturité pianistique, la subtilité des nuances, cette fantaisie mérite sans doute de figurer parmi les plus belles œuvres pour piano et orchestre.

Concerto n°2    (*)

Concerto n°1 E flat minor op 4 1 à 5 1890    (***/***/***/***/***)

Le Concerto n°1, plutôt un pseudo concerto, une fantaisie déguisée - alors que le 2, à mon sens, un faux concerto lui aussi, mais un concerto raté. Liapounov, un ciseleur, un orfèvre, un sculpteur de sonorités. Son art: l'expression de la pure lumière: l'omniprésence de la lumière, l'obsession de la lumière. Son œuvre: une parcelle de Beauté arrachée à la Matière par l'effort et la souffrance, mais où tout effort et toute souffrance se trouvent expurgés, une fenêtre ouverte sur le monde merveilleux de la transcendance pour nous qui sommes irrémédiablement plongés dans l'immanence. Plus que dans la Fantaisie, dans le Concerto n°1: une superposition savante des graves aux extrême-aigus. Ces extrêmes-graves: pas une expression des profondeurs noires de l'âme, plutôt une exploitation esthétique du registre sonore. Magnifique œuvre de Liapounov. Une de ces œuvres qui font honneur au génie humain, une de ces œuvres qui signent l'apothéose de l'Art. Majesté du style, élégance, raffinement. Rares sont les œuvres communiquant un tel sentiment de plénitude. Et quelle éblouissance radieuse, quelle volupté supérieure. Et quelle maîtrise tranquille, quelle affirmation d'une virtuosité instrumentale et compositionnelle qui s'impose sans recourir à l'accélération du tempo, qui culmine même, dans la lenteur par une luxuriance d'arabesques et de figurations. Et paradoxalement, une exploitation de la puissance sonore (dans le 4e mouvement particulièrement) qui relève aussi d'un art suprême. Puissance des cuivres, rutilance des trombones, des trompettes, jamais stridents, jamais bruyants. Et puis, et puis, bien sûr, bien sûr, la magie de la musique russe. Et le rhapsodisme pour un Russe: une émanation naturelle de l'âme, même pour ceux qui ont développé un art objectif, une recherche d'esthétique pure.

Fantaisie sur des thèmes ikhrainiens    (****/***/****/****) icone

VIOLON ORCHESTRE

Concerto D minor op 61 1915    (***) icone

Liapounov Serguéi, Mikhaîlovitch Concerto violon orchestre D minor op 61 Maxim Fedorov violon Russian Philarmonic Orchestra Dimitri Yablonsky. Oeuvre quelque peu déroutante que ce concerto. L’on y discerne difficilement des thèmes susceptibles de s’imposer, de structurer l’ensemble. Un seul mouvement, très long, où l’esprit cherche en vain les points de repère qui puissent l’orienter. Une certaine uniformité - apparente - résultat d’une tessiture limitée le plus souvent au médium et d’une absence de grands crescendos lyriques. Aussi pour le soliste une certaine manière se diluer sa virtuosité par l’orchestre, une subtilité qui exige attention et discernement pour être appréciée. Il faut y ajouter la relative discrétion de l’orchestre qui prive l’oeuvre de cette dynamique si caractéristique du genre concertant, le contraste entre les parties soliste et symphonique. Pourtant, l’audition approfondie permet de découvrir un soliste perpétuellement en mouvement, volubile qui ne concède guère de place à d’inutiles digressions ou développements. Quelques motifs tout de même apparaissent, peu spectaculaires, cependant subtils dans leur simplicité, qui semblent s’évanouir dans le discours prolixe de l’instrument. Au final, difficile de trouver une baisse d’intensité, même si c’est parfois un peu limite dans la partie lente centrale, Et puis surtout, dès le départ cette expression nostalgique inimitable qu’on retrouve typiquement dans les concertos russes pour violon - celui de Glazounov par exemple, celui de Tchaîkovsky, celui de Gliere-Lyatochinsky... Coloration russe sans pourtant qu’il y ait dans cette oeuvre la moindre marque rhapsodique. Ce sera peut-être la première fois que je ne reprocherai pas à un compositeur russe de délaisser le rhapsodisme. Du reste, Liapounov a exploité largement la palette rhapsodique dans ses oeuvres concertantes pour piano et orchestre ou encore pour piano solo (Leshinga par exemple). Sur le plan structurel, il faut signaler avant la très longue coda, une longue cadence solistique - très bienvenue - et surtout suivie d’une excellente reprise à l’orchestre, comportant notamment une envolée aux cordes sur un fond constitué par les doubles cordes du soliste, Cette dernière partie représente sans doute le moment majeur de l’oeuvre, le plus lyrique. Pour terminer, comment situer cette oeuvre par rapport aux oeuvres pianistiques du maître, les fameuses Études transcendantes, la non moins fameuse Fantaisie sur des airs ukhrainiens pour piano et orchestre? Une autre thématique, un autre esprit, imposés par la conformation du soliste, le violon par rapport au piano. Non pas vraiment une révélation cette oeuvre, mais une affirmation, laquelle n’apparaît pas si évidente lorsqu’un compositeur franchit cette barrière du genre instrumental, l’obligeant à remettre à plat ses habitudes compositionnelles, ses références, et l’esprit même de son inspiration. Pour qui connaît bien Liapounov, le contraste est violent, voire déstabilisant.

SOMMAIRE


Site optimisé pour norme W3C sous Linux