SOMMAIRE


LÉGENDE DES APPRÉCIATIONS SUR LES OEUVRES


- : peu intéressant

* : assez bon

** : bon

*** : excellent

**** : exceptionnel


Exemple pour une oeuvre en plusieurs mouvements :

Concerto (*/*/-/*)

icone Écouter
icone Voir une évaluation continue (pour chaque mouvement numéroté)



SGAMBATI Giovanni (1841-1914)


DUO PIANO VIOLON

Deux pièces pour piano et violon op 24   

Andante cantabile (***)

Serenata napoletana (***)

Gondoliera op 29 1894    (*)

L'Andante cantabile se caractèrise par une thématique très complexe, traduisant la maîtrise de Sgambati sur le plan de l'écriture mélodique. La Serenata napoletana, plus conventionnelle, exploite magnifiquement la thématique ibérique (et non napolitaine malgré le titre). Sgambati y utilise admirablement les effets de pizzicati. L'œuvre se rapproche de certaines œuvres de Sarasate.

ORCHESTRE

Cola di Rienzo Ouverture 1866    (***)

Cette très longue ouverture, sombre, pathétique, aux accents funèbres, se caractérise par un lyrisme très intériorisé. Elle se présente comme une succession de sections traversées de crescendos wagnériens, s'enflant insensiblement comme s'ils étaient mus par une force incœrcible. Le style semble prendre ses racines à des sources contradictoires: Liszt, Wagne, Tchaïkovski, et s'épanouir vers un pré-impressionnisme préfigurant Debussy ou Sibelius. L'œuvre pourrait également être rapprochée de la Symphonie n°2 de Franck. Sgambati développe des motifs avec une lenteur très concentrée et selon une répétitivité calculée. La couleur orchestrale demeure limitée, même si le timbre particulier de chaque instrument se trouve particulièrement mis en valeur. On remarquera quelques soli de la clarinette émergeant d'une masse orchestrale dense aux nombreux plan superposés. Une œuvre qui séduit malgré son caractère grave et le refus de tout effet extériorisé.

Symphonie n°1 op 11 1880    (***/***/***/***/*)

Symphonie bizarre sur le plan formel que cette œuvre. Le maître semble avoir voulu briser le schéma traditionnel de la symphonie classique que l'époque, déjà, ne supportait plus. Bien que chaque mouvement puisse être jugé indépendamment, à mon sens, l'ouverture de cette symphonie par un mouvement qui n'est ni un scherzo, ni typiquement un premier mouvement de symphonie, laisse une impression curieuse, trop abrupte. L'ensemble des cinq mouvements, correspondant à une succession de tempi très divers, laisse dans l'expectative. Symphonie ratée, qui n'évacue pas un malaise latent, une impression d'inachevé, voire de chaos, cette œuvre n'en comporte pas moins à mon avis de magistraux mouvements d'une grande densité thématique. Un wagnérisme sans complexe s'y affirme, à peine orienté vers la tentative d'une expression préimpressionniste. La fin du 2e mouvement, avant la reprise du thème principal, communique un peu l'impression de s'enliser dans les marécages wagnériens. Sgambati affectionne les longues et lentes mélodies soutenues par une harmonie complexe, les crescendos massifs, parfois avortés. Quoique la palette instrumentale et son exploitation apparaissent très élaborés, le compositeur paraît toujours refuser de s'abandonner à certains effets plus extériorisés, à un certain éclat libérateur. Même dans les passages les plus lyriques, Sgambati exprime une tension sourde et une concentration grave. Le mouvement le plus accompli semble être le 2e par la succession parfaitement harmonieuse de ses thèmes pourtant thématiquement contrastés, par la lumière crépusculaire qui l'éclaire. le quatrième mouvement se caractérise par un rhapsodisme mal défini (slavo-ibérique), pourtant assez prégnant. La puissance thématique magistrale de son contenu efface à mon avis les inconvénients liées à la structure de cette symphonie, ce qui la hausse au niveau des grandes œuvres orchestrales.

PIANO

Vecchio menuetto    (*)

Les pièces pour piano qui suivent, à mon avis d'un style simpliste, assez peu mélodique, lourd, n'évoquent en rien le pianisme si subtil et si virtuose du Concerto du maître romain, ni même celui du Quintette n°2. Rappelle-toi op 23 n°1, première pièce des Pièces lyriques, le Nocturne op 31 relèvent quelque peu l'ensemble. Landler, avant-dernière pièce des Pièces lyriques évoque curieusement une pièce de Chopin, dans un style beaucoup plus sommaire.

Pièces lyriques op 23   

n°1 Rappelle-toi (**)

Nocturne op 3 Per l'album di Bellini    (-)

Nocturne op 20 n°1 B mineur    (-)

Nocturne op 20 n°2 G majeur    (*)

Nocturne op 20 n°3 C mineur    (-)

Nocturne op 31    (**)

Nocturne op 33    (-)

PIANO ORCHESTRE

Concerto    (****/**/***)

Maîtrise pianistique et compositionnelle supérieure, lyrisme intense, pathétique grandiose me semblent caractériser cette œuvre, peut-être un des plus beaux et des plus monumentaux concertos romantiques, qui pourrait à lui seul représenter et résumer tous les grands concertos du XIXème siècle. On y décèle également, outre l'influence de Saint-Saëns et de Dvorak, une densité prérachmaninienne étonnante (surtout dans le troisième mouvement). Les passages les plus intenses à mon avis sont la rutilante ouverture avec l'emploi des cors du premier mouvement, les superbes cadences pianistiques qui parsèment le mouvement. La longue cadence qui termine le premier mouvement est sans doute une des plus belles et des plus inspirées qui aient été imaginées, avec ses contrastes puissants, ses crescendos et ses silences pathétiques. Le troisième mouvement, d'une remarquable densité à mon avis, est également parsemé de cadences éblouissantes. La parenté thématique avec les concertos de Tchaïkovski est étonnante, depuis les brusques sursauts du soliste en longues cadences jusqu'aux motifs mélodiques de l'orchestration. Il faut y ajouter un discret rhapsodisme slave. Du point de vue style, la marque d'affectivité romantique est cependant moindre que dans les concertos de Tchaïkovski.

QUINTETTE

Quintette n°1 avec piano F mineur op 4 1966    (**/***/-/**)

Cette œuvre à mon avis puissante, riche, expressive, présente une nette conformation aux caractéristiques historiques du genre de la musique de chambre: l'intimisme, la recherche d'une émotion intense, mais contenue. Le piano, le violon, n'outrepassent jamais la virtuosité limitée qu'ils adoptent généralement dans ce genre. On observera une grande diversité des effets, contrastes thématiques de cellules rythmiques, de motifs mélodiques fugitifs du violon, notamment dans le 1er et le 4e mouvement). Les basses expriment un grand pathétisme, notamment dans la seconde partie du dernier mouvement. On remarquera également comme dans le Quintette n°2 parfois une tendance à l'écriture contrapuntique, qui n'apparaît pas toujours à mon avis convaincante. Il faut également déplorer des hésitations et répétitions systématiques comme dans la première partie du dernier mouvement. D'une manière générale, cette œuvre présente une utilisation moins poussée des différents registres instrumentaux que le second quintette. Le second mouvement (Vivacissimo) paraît s'imposer. Entre deux sections (introductive et conclusive) d'un thème rythmique marcato s'épanouit une partie centrale lente dont le motif, d'un remarquable mélodisme récitatif, se distingue autant par sa simplicité que par son originalité. Dans ce mouvement apparaissent de nombreuses affinités avec les trios de Saint-saëns, dont le premier a été écrit l'année suivante, ce qui confirme certaines similarités d'écriture entre les concertos des deux maîtres sur le plan symphonique.

Quintette n°2 op 5 PIANO, VIOLON, ALTO, VIOLONCELLE, CONTREBASSE    (****/****/****/***)

C'est à mon avis une œuvre majeure que signe ici Sgambati, empreinte d'une gravité, d'une intensité bouleversantes. Les cordes sont magnifiquement exploitées, notamment dans leur registre grave et dans le médium, ce qui engendre un style d'une âpreté particulière, caractéristique des œuvres de musique de chambre. Une utilisation aussi poussée des 5 instruments du quintette apparente l'œuvre au genre symphonique, dont elle a parfois l'ampleur. Les instruments s'expriment en tutti ou par substitution rapide selon une thématique très serrée, composée de motifs ébauchés, courts, parfois d'apparence très simples, mais en réalité selon une complexité, une subtilité suprêmement recherchée. L'œuvre adopte souvent des accents douloureux, notamment dans le 3ème mouvement et les parties en nuance forte traduisent un pathétisme très puissant (dans le second et le 3ème mouvement notamment). Le piano, évitant toute virtuosité (sauf dans la fin du 1er mouvement) se conforme parfaitement au genre de la musique de chambre. On notera au milieu du 4ème mouvement un essai d'écriture contrapuntique bien intégré au style romantique de l'œuvre. Le dernier thème de ce mouvement est hispanisant.

SOMMAIRE


Site optimisé pour norme W3C sous Linux