SOMMAIRE


LÉGENDE DES APPRÉCIATIONS SUR LES OEUVRES


- : peu intéressant

* : assez bon

** : bon

*** : excellent

**** : exceptionnel


Exemple pour une oeuvre en plusieurs mouvements :

Concerto (*/*/-/*)

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SIBELIUS Jean (1865-1957)


ORCHESTRE

Si l'on excepte la Symphonie n°1, représentative de la transcendance sibélienne à son plus haut degré, sans doute est-il plus judicieux de rechercher les chefs-d'œuvre du compositeur finlandais parmi ses poèmes symphoniques, notamment Lemminkaïnen in Tuonela. Seules les symphonie n°2 et 3 nous proposent un mouvement inspiré, dans un style moins caractéristique du compositeur que celui de la première symphonie. Il semble curieusement que l'œuvre la plus achevée, la plus mature de Sibelius soit sa première symphonie et que nous voyons au fil des autres symphonies de cette série son style dériver vers un romantisme atténué, presque classique, abandonnant les précieuses particularités par lesquelles il s'était imposé: la recherche d'une lecteur calculée, l'utilisation des longues périodes thématiques, le rhapsodisme, une inimitable couleur instrumentale. Dans ses œuvres les plus élaborées, Sibelius atteint une des expressions les plus élevées de l'impressionnisme musical entre l'expressiosme russe et l'impressionnisme debusséen. Outre un arrêt très prématuré de sa production, Sibelius semble avoir manifesté, assez tôt, des errements stylistiques qu'il paraît difficile de s'expliquer.

Symphonie n°1 1911    (****/****/****/****)

La Symphonie n°1 de Sibelius représente certainement un des sommets de la musique symphonique au même titre que Lemminkainen in Tuonela. L'œuvre utilise certains effets orchestraux tirés de Beethoven, mais quel chemin parcouru entre l'orchestration à mon avis simple, primitive, encore parfois grossière, parfois bruyante qui était celle du début du XIXème siècle et la maturité absolue affirmée par Sibelius. Ici, nul effet de clinquant. Nous sommes tout à l'opposé de la vulgarité, des effets parfois facile. Partant de Beethoven, Sibelius a créé, avec le concours cependant de Grieg, mais aussi de Gade, Rimski, une musique impressionniste dont les effets sont très différents de Debussy. La Symphonie n°1 repose sur une solide thématique, bien qu'elle soit indéfinissable, comme par exemple dans la superbe introduction aux flûtes (1er mouvement). Il faut ajouter que Sibelius n'omet pas d'exploiter la musique folklorique des pays nordiques, proche du folklore slave. Les échos lointains de cloches (1er mouvement) peuvent évoquer quelque village perdu dans la nature nordique. Nous pouvons imaginer des paysages enneigés où se mêlent des elfes et des créatures fantastiques à peine entrevus dans la profondeur d'un lac magique. Les crescendos pourraient évoquer quelque combat titanesque. La dernière partie pourrait évoquer les larges horizons, le ciel, la mer, l'infini. La dernière cadence orchestrale semble nous transporter dans un monde éthéré de pureté et de beauté totale. Le plus étonnant, c'est l'extrême mobilité thématique de la pensée du compositeur. Dans cette œuvre, Sibelius recourt rarement aux cuivres, principalement au bénéfice des bois, (notamment par des alternances très rapides de petits motifs), les cordes conservent une importance primordiale.

Symphonie n°2    (*/-/-/***)

Cette symphonie, à mon avis, correspond curieusement à des caractéristiques stylistiques moins affirmées, moins originales, plus classiques que la précédente. La palette orchestrale de Sibelius, tout en demeurant reconnaissable, demeure plus mélodique, plus romantique, moins impressionniste ou expressionniste. Seul, me semble-t-il, le dernier mouvement s'affirme par des thèmes marquants. Il atteint une véritable apothéose par la superposition de motifs en arrière-plan. Plus que dans la Symphonie n°1, Sibelius montre ici son sens du lyrisme grandiose, qu'il doit probablement à Beethoven.

Symphonie n°3 1904    (***/*/-)

Cette symphonie présente (précisément dans son premier mouvement) les spécificités les plus remarquables de l'impressionnisme sibélien, à l'instar de la symphonie n°1, cependant , par de nombreux aspects, notamment une pulsion rythmique plus affirmée, elle apparaît en retrait et semble renouer avec une écriture plus romantique. On remarquera en particulier l'exposition du thème du premier mouvement par le basson, la clarinette basse sur des figurations de cordes. Marquée apparemment par Dvorak et Grieg (toujours dans le premier mouvement), cette œuvre n'atteint pas la suprême élaboration orchestrale qui caractérise les meilleures pages du compositeur. On y retrouve le rhapsodisme nordique omniprésent chez Sibelius. Le second mouvement, trop répétitif, et surtout le troisième, me semblent accuser une certaine pauvreté, tant sur le plan thématique que sur le plan du traitement symphonique.

Symphonie n°4 en la mineur op 63 1911    (-/-/-/-)

Cette symphonie, notamment le premier mouvement contient un ensemble de procédés très spécifiques du symphonisme sibélien, qui me paraissent cependant totalement dépourvus d'efficacité musicale.

Symphonie n°5 mi bémol majeur op 82 1915    (-/-/-/-)

Cette symphonie composite rappelle par certains aspects le romantisme tardif, notamment Tchaïkovski. Sibelius s'épanche parfois en un mélodisme expressif (dans e 3e et et le 4e mouvement) peu compatible avec son style propre.

Symphonie n°6 ré mineur op 104 1923    (-/-/-/-)

Œuvre de style vaguement romantique.

Symphonie n°7 ut majeur op 105 1924    (-)

Cette courte symphonie, me semble-t-il, ne termine pas glorieusement la série. A peine caractéristique de Sibelius, l'œuvre, vaguement romantique, n'affirme à mon avis aucune personnalité.

La fille de Phojola op 49 Fantaisie symphonique    (-)

De style assez mal défini, cette œuvre semble tenter -vainement à mon avis - l'approfondissement de l'impressionnisme musical. On remarquera le jeu de la harpe. L'œuvre dérive vers des effets symphoniques quelque peu bruyants.

Lemminkaïnen in Tuonela    (****)

L'impressionnisme si remarquable de Sibelius me paraît encore plus poussé dans cette œuvre que dans la Symphonie n°1. L'art de la progression thématique selon de très lents crescendos (dont l'origine me semble être Paganini et Wagner) y est poussée au maximum. L'œuvre débute par une longue cadence des cordes dans le pianissimo pour s'épanouir dans l'aigu. Au centre comme dans l'obscurité de la musique apparaît peu à peu un thème dans l'extrême-aigu, bientôt doublé à la flûte. La musique devient pure contemplation. Une œuvre à mon avis fascinante.

Finlandia    (**)

Cette œuvre à mon avis ne peut que décevoir lorsqu'on la compare à la sublime Symphonie n°1 ou à Lemminkainen in Tuonela. L'argument nationaliste a constitué probablement un élément déterminant dans sa réputation. Le thème central peut seul, me semble-t-il, raviver l'intérêt de cette pièce dans laquelle on ne retrouve pas les qualités habituelles d'orchestrateur de Sibelius.

Valse triste    (*)

Rakastava    (-)

Tapiola 1925    (***)

Dans cette œuvre, Sibelius atteint dans le grave en nuance pianissimo des effets de couleur instrumentale étonnants, par exemple dans l'introduction. On peut regretter parfois un excès de subtilité qui disperse l'intérêt comme dans Lemminkaïnen et les filles de l'île. La thématique à mon avis manque parfois de contraste et de motifs suffisamment caractérisés. On aboutit à une répétition de cellules mélodiques réduites à l'extrême. On retiendra la couleur instrumentale si originale de Sibelius qui atteint ici son apogée, notamment dans l'introduction, avec les cuivres. Un passage étonnant apparaît au cours du crescendo: une série de tenues aux cordes divisées en nuance forte. En revanche la partie en nuance forte aux cuivres recèle des effets moderniste à mon avis disgracieux. Sur l'ensemble, on relève quelques effets debussysmes, très sporadiques.

Lemminkaïnen et les jeunes filles de l'île    (***)

Sans atteindre l'intensité magistrale à mon avis de Lemminkainen in Tuonela, cette œuvre, selon le même plan, évolue en un immense crescendo utilisant au cours de sa progression de nombreux motifs, notamment de longues phrases voluptueuses. L'exploitation du rhapsodisme nordique apparaît particulièrement prononcé. On peut soupçonner cependant une fusion avec des éléments slaves et peut-être même hispanisant, notamment les effets évoquant une fête populaire.

Le cygne de Tuonela    (***) icone

Le cygne de Tuonela. Un cygne solitaire, évanescent, ombrageux, mystérieux, s'exprimant au travers d'une troublante mélodie confiée au hautbois cependant que l'orchestre crée une atmosphère diffuse, notamment grâce aux cordes subtilement divisés. Sibelius évite de justesse l'amenuisement de l'intérêt par les effets orchestraux sous-jacents qui interviennent au moment propice. Oui, belle œuvre, mais Sibelius fît mieux, beaucoup mieux, me semble-t-il dans Lemminkaïnen in Tuonela et dans sa Symphonie n°1 (pour moi largement sa meilleure symphonie). 3 étoiles pour cette œuvre, oui, mais dans le genre je préfère largement le fameux (pour moi du moins) Andante religioso de Halvorsen.

PIANO

Le style pianistique de Sibelius ne présente à mon avis aucune originalité remarquable, bien qu'il ne puisse être rattaché à aucun style précis. L'ensemble, très tonal, traduit une écriture romantique classique. On discerne à peine quelques accents rachmaniniens ou griegiens dans la première des pièces lyriques, quelques accents albéniziens dans la seconde. Le style est très peu virtuose, souvent figé, par exemple dans la première Sonatine op 67. Les Trois pièces lyriques Killikki sont plus animées, notamment la troisième. Sibelius se trouve ici privé de toutes ses références thématiques orchestrales qui ne peuvent être transposées pour le clavier. On pense un peu au style impersonnel de Wagner dans ses pièces pour piano. Cet exemple montre à mon avis la relation fondamentale entre genre instrumental et style. Chaque genre instrumental implique des références spécifiques. Les œuvres d'un même compositeur dans des genres différents n'ont souvent aucune parenté.

Sonatine pour piano in fa d mineur op 67    (-/-/-)

Sonatine in mi majeur op 67 n°2    (-/-/-)

Sonatine in si mineur op 67 n°3    (-/-)

Trois pièces lyriques pour piano op 41 Killikki    (-/-/-)

VIOLON ORCHESTRE

Concerto    (**/-/*)

Cette œuvre de très haute tenue apparaît comme une exploitation du style paganinien vers un expressionnisme assez proche de Glazounov. Sibelius ne renonce ni à l'extrême aigu ni à la virtuosité transcendante, caractéristiques auxquels il insuffle une coloration toute personnelle. L'orchestration, assez curieusement, apparaît souvent parcimonieuse. Malheureusement, après une introduction particulièrement originale caractéristique de l'expressionnisme le plus intense, la trame thématique accuse à mon avis une certaine dispersion. Le second mouvement n'offre guère, me semble-t-il, de matière musicale tandis que le dernier évolue plutôt vers un certain simplicisme thématique. Malgré ces faiblesses, il me semble que Sibelius montre dans cette œuvre son aptitude à s'exprimer dans le genre concertant pour violon au niveau le plus élevé.

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