SOMMAIRE


LÉGENDE DES APPRÉCIATIONS SUR LES OEUVRES


- : peu intéressant

* : assez bon

** : bon

*** : excellent

**** : exceptionnel


Exemple pour une oeuvre en plusieurs mouvements :

Concerto (*/*/-/*)

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VIEUXTEMPS Henri (1820-1881)


DUO ALTO PIANO

Les œuvres pour alto et piano de Vieuxtemps reflètent à mon avis une très haute inspiration, d'une remarquable constance, un chant noble et sublime. Bien qu'il s'agisse de musique de chambre, et qu'il s'agisse d'alto le compositeur traite le soliste comme dans un concerto pour violon, le haussant à un niveau de virtuosité, d'expressivité et de véhémence maximales. Il faut y ajouter particulièrement le mélodisme aux flexuosités infinies de Vieuxtemps, au charme et à l'originalité si fortes, traduisant ce transport de l'âme vers les merveilleuses contrées de la Beauté. La tessiture relativement grave qu'adopte Vieuxtemps pour le violon lui permet de passer à l'alto sans qu'apparaisse de rupture et de lui communiquer un lyrisme intense. Les plongées de l'instrument dans le grave sont impressionnantes, notamment dans le premier thème du 1er mouvement (maestoso) de la sonate op 36, mais aussi dans l'Elégie op 30. C'est le sentiment de noblesse qui domine la plupart de ces pièces, la Sonate inachevée op 34 apparaissant d'un esprit plus primesautier. L'absence de conformité aux caractéristiques consacrées de la musique de chambre affichée par Vieuxtemps le rapproche de Paganini dans son quatuor, dans un style différent, moins brillant, exprimant plus de grandeur. Malgré la virtuosité très élevée, on remarquera que Vieuxtemps a limité l'emploi des doubles cordes, elles apparaissent assez sporadiquement dans le Capriccio n°9.

Sonate en B majeur op 36 1863    (****/***/***)

Elegie op 30 1854    (****)

Capriccio op post n°9 1881    (*)

Sonate inachevée op post n°14 1884    (***/**)

VIOLON ORCHESTRE

Dans ses œuvres pour violon et orchestre, Vieuxtemps exprime à mon avis un romantisme intense caractérisé par ce sentiment particulièrement sensible chez les premiers romantiques comme Chopin et Liszt, Berlioz, parfois Paganini: l'apitoiement de l'âme sur elle-même, un mélange de passion, d'enthousiasme et de désespoir. Sur le plan violonistique, thématique et formel, Vieuxtemps consacre l'influence spectaculaire de Paganini. On retrouve notamment la même structure du mouvement alternant un motif lent una corda et un motif rapide dubbia corda (notamment dans le Concerto n°2), cependant la tessiture nettement moins aiguë du violon voile parfois cette affinité, de même que le style de l'orchestration. Moins brillant que Paganini, Vieuxtemps, dans certains mouvement rapides réussit admirablement à enchaîner les motifs avec une volubilité étonnante. Ce sont essentiellement les passages en doubles cordes qui apparaissent d'une écriture plus laborieuse que chez le Génois, mais sa virtuosité me paraît toujours efficace. Vieuxtemps à mon avis se révèle un symphoniste de génie. Utilisant l'orchestration berliozienne, il sait à mon avis admirablement l'adapter au genre concertant. Il démontre que le déploiement de la richesse orchestrale, à ce qu'il me semble, ne nuit nullement à la prestation du soliste. Vieuxtemps a réussi à mon avis un mélange explosif de Paganini et Berlioz, il se montre, je crois, digne de ces deux maîtres, avec une sensibilité qui lui est propre.

Concerto n°1    (***/***/***)

La magnifique ouverture orchestrale à mon avis est très caractéristique du style symphonique en même temps grandiose, léger et subtil de Vieuxtemps. On remarquera dans la suite une mélodie étonnante à l'aigu avec accompagnement diffus par l'orchestre évoquant des œuvres plus modernes comme celles de Taktakichvili ou Glazounov. Le thème rapide en doubles cordes, comme souvent chez Vieuxtemps, manque un peu d'alacrité. On remarquera encore, à mon avis, une superbe cadence intercalaire du soliste dans un style curieusement hispanisant ou tziganisant. Dans le dernier mouvement, très dense à mon avis, on retiendra une mélodie dans le médium très expressive sur fond de pizzicati ainsi que le thème en double cordes, ici, d'une vivacité électrique.

Concerto n°2    (***/**/***)

Cette œuvre me paraît un modèle de style mélodique paganinien, caractérisé par son chromatisme spécial, comme chez Spohr. Dans le second mouvement, il est dommage à mon avis que la partie centrale: une longue mélodie en doubles cordes legato, ne soutienne pas la comparaison avec la mélodie insurpassable qui se développe au début et à la fin. Le dernier mouvement bénéficie, me semble-t-il, d'une superbe thème principal magistralement accompagné en sourdine par les cordes de l'orchestre.

Concerto n°3    (**/*/**)

Ce concerto m'apparaît de qualité nettement moindre que les précédents et le suivant. Vieuxtemps, à court d'inspiration, semble utiliser les recettes toutes faites de son art. Le violonisme me semble moins énergique tout en demeurant contrasté. On remarquera que dans le troisième mouvement, le violon évolue dans une tessiture nettement plus aiguë, rappelant le jeu paganinien. On relèvera également de nombreux glissandi qui évoquent la Campanella.

Concerto n°4    (**/*/***/****)

Il manque peut-être au premier mouvement, qui contient de superbes passages très lyriques, un certain influx et un peu plus de brillant. L'ouverture orchestrale demeure un peu terne à mon avis, en revanche, les soli me paraissent superbement orchestrés. C'est le dernier mouvement qui permet à mon avis au génie de Vieuxtemps de donner toute sa mesure. Le déploiement thématique me semble fabuleux et la succession des thèmes étourdissante. Soliste et orchestre font des prodiges, aussi bien dans la couleur instrumentale que la variété des effets.

Concerto n°5    (*)

Cette œuvre courte, qui paraît variée, lyrique au premier abord, à mon avis ne résiste pas à une écoute plus approfondie. La coda, qui fait figure de dernier mouvement, fait heureusement exception, me semble-t-il.

Concerto n°7    (*/*/***)

À mon avis, seul le troisième mouvement communique à cette œuvre son intérêt. Il me semble témoigner d'une exaltation parfaitement maîtrisée. L'orchestration présente une touche plus moderniste que dans les autres concertos du maître.

Fantasia appassionata    (***)

Comme le Konzertstück, cette œuvre est une suite de moments passionnés. Le thème adagio exposé aux bois, puis au violon me paraît superbe et surtout merveilleusement orchestré. Un romantisme impétueux atteignant une dimension magique me paraît animer l'œuvre évoquant la recherche d'un bonheur impossible et d'une consolation.

Konzertstück    (**)

Œuvre à mon avis très lyrique, qui se présente comme une succession de moments pathétiques, en crescendo avec l'orchestre et de passages lents. Les parties orchestrales, l'ouverture en particulier, témoignent, me semble-t-il, d'un symphonisme très élaboré.

Concerto n°6    (**/*/***/-)

Cette œuvre apparaît d'un lyrisme beaucoup moins affirmé que les premiers concertos. De même l'écriture violonistique présente à mon avis, une moindre élaboration. En revanche, l'orchestration demeure d'un niveau très élevé (notamment dans une cadence centrale du premier mouvement), quoiqu'elle n'affirme pas de thèmes marquants, à mon avis. La Sicilienne (3ème mouvement) présente des accents envoûtant, dans une tonalité modale rarement utilisée par Vieuxtemps. Elle contraste avec le dernier mouvement qui m'apparaît comme une page d'écriture musicale purement gratuite.

Fantaisie Gretting to America op 56    (*)

Cette Fantaisie sur l'hymne national américain n'atteint pas, à mon avis, et de loin, l'intérêt des fantaisies du même genre de Louis Moreau Gottschalk, malgré une orchestration assez rutilante. La partie la plus intéressante me paraît être l'exposition du thème de l'hymne national par l'orchestre.

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