CHRONIQUE n° 16 - 05/2002
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QUELQUES BONS MORCEAUX POUR L'ORGUE!
Le ton des histoires de la musique et des monographies musicales n'est-il pas souvent péremptoire et affirmatif? Ces ouvrages, émanant une autorité intimidante, se présentent comme des bibles qui détiennent la vérité pure. Presque tout y est développé selon une optique interprétative et téléologique comme si l'on connaissait l'importance absolue de chaque mouvement musical, de chaque compositeur, voire de chaque oeuvre. Ainsi, le musicographe est le docteur imbu de science auprès duquel le misérable mélomane ne peut que s'incliner avec humilité. N'est-on pas impressionné de contempler sur les étagères d'une bibliothèque les traités sur J.S. Bach par N. Forkel, A. Pirro, P. Spitta, A. Basso?... Comment se pourrait-il, pense-t-on, que ce compositeur sur lequel tant d'érudits ont écrit des ouvrages aussi savants ne fût un génie exceptionnel? Mais au Moyen Âge, l'on a glosé en des volumes entiers de doctes démonstrations prouvant que la terre était plate et que le soleil était un astre immatériel. Au contraire, cette masse imposante de dithyrambes ne devrait-elle plutôt nous inciter à suspecter l'intérêt proprement musical des oeuvres de ce compositeur car si l'on a autant écrit sur lui, c'est peut-être qu'il véhicule (probablement à son corps défendant) un autre contenu que du génie réellement musical, c'est-à-dire un contenu de nature idéologique. Une oeuvre réellement artistique nécessite-t-elle le support d'analyses hautement intellectuelles pour prouver sa valeur et lui permettre d'accéder à la notoriété?
Claude Fernandez
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