Une statistique
éloquente
La petite statistique
suivante concernant l’importance accordée à quelques compositeurs par
l’« Histoire de la musique occidentale » (Messidor, 1983), nous
paraît instructive:
COMPOSITEUR NOMBRE
DE PAGES
BEETHOVEN 19
BACH 15,5
MOZART 12
BERLIOZ 10
WAGNER 9
LISZT 8
VARÈSE 8
DEBUSSY 7
CHOPIN 6
WEBERN 6
VIVALDI 5,5
MENDELSSOHN 5
TCHAÏKOVSKI 3
RIMSKI-KORSAKOV 0,5
SAINT-SAËNS 0,5
PAGANINI 0
L’ouvrage, qui
comporte plus de 800 pages grand format, et qui est écrit avec la collaboration
de 17 spécialistes sous la direction de 2 coordinateurs, nous paraît
significatif des parutions contemporaines jusqu’à nos jours.
L’importance
d’un compositeur dans l’Histoire de la musique nous paraît essentiellement
devoir être jugée sous les deux critères historiques suivants:
-éléments
apporté dans l’évolution musicale
-intérêt
manifesté par le public à l’égard des œuvres de ce compositeur.
Selon
le premier critère, il nous apparaît par exemple qu’A. Vivaldi, qui eut une importance
fondamentale dans l’évolution du concerto de soliste et de la symphonie, jugé
indiscutablement comme un novateur par les musicographes eux-mêmes de cet
ouvrage, est anormalement déconsidéré, notamment par rapport à son contemporain
J.S. Bach (3 fois moins), qui est plutôt un traditionaliste tourné vers la
polyphonie, et n’a pas, d’autre part, d’audience supérieure auprès du public
mélomane. De même, un novateur comme N. Paganini est oublié alors qu’un
traditionaliste comme F. Mendelssohn figure en place honorable. Claude Debussy,
qui modifia le langage musical de son époque, est considéré presque comme 2
fois moins important que W.A. Mozart qui n’opéra pas de modification sensible
du langage musical.
Selon le second
critère, C. Saint-Saëns, N. Rimski-Korsakov, qui ont conquis le public aussi
bien à leur époque qu’aujourd’hui avec notamment « Le Carnaval de
animaux » (C. Saint-Saëns), « Schéhérazade » (N.
Rimski-Korsakov)... sont considérés comme quantité négligeable. P.I. Tchaïkovski,
qui séduisit les mélomanes du monde entier avec son « Concerto n°1 pour
piano et orchestre », son ballet « Casse-noisette »... se voit
concéder 3 pages (contre 15,5 à Bach).
Nous devons signaler la disproportion qui, à notre sens, apparaît entre les premiers compositeurs de la liste et les derniers, lesquels ne sont pas pourtant des inconnus pour le public mélomane, un rapport de 5 à 1 entre J.S. Bach et P.I. Tchaïkovski, de 36 à 1 entre Ludwig van Bethoveen et N. Rimski-Korsakov. La disproportion est encore plus importante si l’on considère des compositeurs comme Henri Litolff, Giovanni Bottesini, Serguéi Liapounov... à peine cités dans cet ouvrage pourtant imposant, compositeurs qui comptèrent dans l’Histoire par l’impact qu’eurent leurs œuvres sur le public de leur époque. D’autre part, il est bien peu probable que l’on ait véritablement considéré ce qu’ont peut-être apporté à l’évolution du langage musical ces compositeurs moins connus aujourd’hui.
Une telle
conception de l’Histoire de la musique qui se focalise d’une manière aussi
disproportionnée sur certains compositeurs, qui de surcroît semble tenir compte
très imparfaitement de l’importance des compositeurs dans l’évolution de la
musique ainsi que de l’intérêt porté aux œuvres par des millions de mélomanes
traduit-elle la réalité historique et la réalité musicale?