Des contradictions bien curieuses à propos de saint-Saëns
Certains
articles accompagnant des documents discographiques d’œuvres de C. Saint-Saëns
nous paraissent bien significatifs de la différence que nous croyons voir entre
le jugement et la réalité de l’œuvre. Ainsi en est-il, pensons-nous, de celui
d’Y. Tiénot. Cet auteur nous dit à propos du « Concerto n°5 pour piano et
orchestre »:
« Il est coloré d’exotisme et parsemé d’emprunts à des
rythmes et modes orientaux qui ont peut-être favorisé son essor en flattant les
goûts d’un public sensible au charme facile qui s’en dégage. »
Plus loin, nous
trouvons:
« Dans le développement interviennent des formules
mêlées à des gammes chromatiques un peu académiques. »
On trouve plus
loin encore à propos du 3ème mouvement de cette œuvre que « la virtuosité
domine et l’emporte sur la qualité des idées ».
Il nous semble
qu’il y a une contradiction lorsque l’on allègue contre C. Saint-Saëns, à propos
d’une même œuvre, toutes les idées communes contre la virtuosité, le manque de
profondeur, la recherche des effets faciles... et qu’on la taxe d’académique.
Dans le même
esprit, les jugements sur C. Saint-Saëns dans l’ouvrage de F. Robert « La
musique française au XIXème siècle » n’apparaissent-ils pas très
arbitraires?:
« Il [C. Saint-Saëns] compose avec une habileté
suprême [...], fut-ce pour ne rien dire. »
Pourquoi tant de
désinvolture et de mépris à l’égard d’un compositeur? Plus loin, nous trouvons:
« Il
déploie exceptionnellement sa maîtrise au service d’un romantisme tempéré et
tient compte cette fois, par quelques touches harmoniques discrètes, des
innovations de Liszt et de César Franck. »
F.J. Fétis
reprochait à C. Saint-Saëns « un réseau de dissonances, de cadences
évitées qui fait perdre de vue la tonalité et qui déroute l’oreille ». La
critique d’Adolphe Julien, contemporain de Fétis, fait apparaître la même
contradiction:
« Ce n’était qu’effets de timbres et de rythmes, que
curieuses combinaisons d’orchestre, bref une musique qui frappait l’oreille
sans rien dire à l’esprit. »
Les
contemporains de C. Saint-Saëns semblent lui reprocher un excès d’originalité
(négative selon eux) en même temps que son académisme! Que conclure?
Le propos de F.
Robert dans le même ouvrage cité précédemment « La musique française au
XIXème siècle » nous paraît encore plus frappant:
« Ceux-ci [les poèmes symphoniques de C. Saint-Saëns]
valent d’abord par leur forme impeccable »
Il nous paraît incontestable
qu’un poème symphonique contrairement à une sonate ou une symphonie est un
genre libre par excellence qui n’a pas de forme définie.
Par ailleurs, F.
Robert accorde à V. d’Indy le génie qu’il refuse à C. Saint-Saëns. Nous pensons
pour notre part que, malgré ces affirmations, F. Robert, pas plus qu’E.
Hanslick, J.S. Fétis et tous les musicographes du monde, ne pourront jamais
empêcher le public d’être séduit par des œuvres comme le « Carnaval des
animaux », le « Concerto n°2 pour piano et orchestre »,
l’« Andante et rondo capriccioso »... alors qu’il est souvent ennuyé
par la musique de Vincent d’Indy dont aucune œuvre n’a obtenu un succès
comparable à celles de C. Saint-Saëns.