SOMMAIRE


LETTRE-MÉLOMANE 2022-09


LÉGENDE DES APPRÉCIATIONS SUR LES OEUVRES


- : peu intéressant

* : assez bon

** : bon

*** : excellent

**** : exceptionnel


Exemple pour une oeuvre en plusieurs mouvements :

Concerto (*/*/-/*)

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VERSION AUDIO

BOULANGER Lili (1893-1918)
ORCHESTRE
D'un soir triste (1918)  icone   (*)  icone
Une œuvre qui présente une recherche certaine d'atmosphère correspondant à l'argument: l'évocation d'une tristesse indicible, profonde qui mine l'esprit. Ce climat mental est obtenu par un brouhaha instrumental dans le grave. Même si l'ensemble présente certaines subtilités et un motif perceptible (surtout en 2ème partie; la plus intéressante), l'intérêt paraît restreint en raison d'une thématique trop lâche et insuffisante.
KISHI Koichi (1909-1937)
ORCHESTRE
Symphonie Bouddha E flat minor (1934)  icone   (****/****/****/***)  icone
Bouddha est une magistrale symphonie comptant parmi les meilleures du genre Sur le plan rhapsodique, elle exploite l'orientalisme à l'image de bien d'autres œuvres, néanmoins selon une coloration propre. De nombreuses traces thématiques d'œuvres relatives au 19e siècle sont perceptibles, notamment russes et l'empreinte russe thématique est clairement affirmée, notamment dans le thème principal du 1er mouvement. La référence la plus évidente est Shéhérazade (Rimdki-Korsakov), particulièrement dans l'utilisation pianissimo de motifs violonistiques, mais également, dans le 2ème mouvement, des sonorités fortissimo aux cuivres évoquant Simbad le Marin (Shéhérazade). Le principe esthétique contrastant de motifs à la grande puissance sonore et de motifs à la douceur ineffable est également d'origine rimskienne. Le sentiment évoqué, aboutissant à la perception d'une dimension métaphysique de l'existence s'accorde à l'argument de la symphonie. Dans le 3ème mouvement apparaît un motif évoquant manifestement l'Apprenti sorcier (Dukas). Sur le plan symphonique, Kishi utilise suprêmement la superposition des motifs accompagnant un motif principal, de même les effets de magie sonore propres à l'orientalisme. Le caractère sensible de ses mélodies et harmonies se trouve accentué par de nombreuses modulations.
MESSAGER André (1853-1929)
ORCHESTRE
Les deux Pigeons Suite de ballet (1886)  icone   (***/**/***/***/***/***/***)  icone
Magnifique œuvre d'André messager qui illustre les particularités de la musique spécifique de ballet au sommet de son évolution à la fin du 19e siècle. Le compositeur y a intégré la dimension rhapsodique tzigane, hongroise... L'on y ressent puissamment le mystère propre à cette musique rhapsodique auquel s'ajoute le mystère associé à la forme du ballet. L'aspect dynamique de l'orchestration, sa rutilance sont exprimés également dans cette même tradition du ballet par une couleur instrumentale très variée, des changements de registres et les timbres propres au rhapsodisme. On remarquera notamment les glissandi à la flûte (par exemple à la fin de l'Entrée de Pepio, la péroraison du cor dans la Danse hongroise).
NAKHABIN Vladimir (1910-1967)
PIANO ORCHESTRE
Concerto (1951)  icone   (-/-/-)  icone
Quoique d'intérêt limité, ce concerto ne manque pas d'élaboration. Il présente une grande diversité sur le plan thématique, alternant les passages rythmiques et mélodiques plus lents, tout au long des 3 mouvements. Malgré une structure rythmique générale très soutenue, il serait difficile de le considérer comme moderniste. Il s'inscrit plutôt dans un style d'époque très caractérisé qui a pu produire de bonnes, voire excellentes œuvres. Néanmoins, ce qui le déprécie fortement est l'intérêt peu soutenu de sa thématique, pourtant réellement perceptible. Il faut ajouter une orchestration qui ne présente pas plus de séduction: très sévère, souvent limitée aux cordes. On peut signaler cependant un véritable crescendo - presque lyrique - dans le 2ème mouvement, mais si peu valorisé. Au final, l'aridité générale de l'œuvre nuit considérablement son intérêt musical.
RODE Pierre (1774-1830)
VIOLON ORCHESTRE
Concerto 10 B minor op 10 (1808)  icone   (**/*/*)  icone
Ce concerto n'est certainement pas un des plus estimables du maître. L'orchestration, en particulier, hachée, brutale, assène des accords poussifs. La partie solistique apparaît d'intérêt plus variable: peu attractive pendant la moitié du premier mouvement, elle se révèle enfin d'un niveau supérieur dans la seconde partie, mais, de nouveau, retombe dans des facilités thématiques pour les mouvements suivants. Les rares moments sublimes s'inscrivent dans la thématique paganinienne, néanmoins bien renouvelée. L'impression d'ensemble, malgré un brillant continu, reste celui d'un verbiage dépourvu d'assise thématique profonde et d'inspiration.
Concerto 13 F sharp minor op posthume  icone   (***/*/*)  icone
Pour cette œuvre posthume, Rode se révèle toujours aussi tributaire de la thématique paganinienne, qu'il exploite de manière spectaculaire dans sa complication, quoique de manière un peu moindre dans sa dimension lyrique. L'œuvre demeure tout de même d'un niveau de lyrisme très élevé. Ajoutons la présence d'un excellent thème principal dans ce 1er mouvement, souvent répété, mais qui le mérite. Ce sont toujours les épisodes symphoniques qui pénalisent l'ensemble, une orchestration pourtant inspirée de Beethoven et Rossini, mais tellement plus frustre. Peu d'évolution positive sur ce point, malgré des passages modulants bienvenus. Le premier mouvement demeure cependant un grand mouvement atteignant le sommet des productions violonistiques, comparablement à celles de Vieuxtemps ou Lipinsky par exemple. Par ailleurs,Rode ne manifeste pas son génie dans le 2ème mouvement, malgré la virtuosité de la partie soliste et encore moins dans le dernier mouvement où les défauts de l'orchestration apparaissent plus évident et que ne relève pas une partie violonistique très moyenne.


ŒUVRE REVISITÉE
MENDELSSOHN Félix (1809-1847)
VIOLON ORCHESTRE
Concerto n°2 (***/**/***)
Très beau concerto, à mon avis, lyrique et mélodique, montrant un soliste d'une grande volubilité. La structure thématique rappelle Paganini de façon assez nette, avec moins de brillant, de virtuosité et d'intensité. On décèle encore l'influence de Paganini au niveau de l'orchestration. On remarquera à la fin du second mouvement un passage en longues trilles dissonants. Par bonheur, Mendelssohn affirme ici à mon avis une aisance, une séduction, une entière liberté, un lyrisme qui manquent souvent à ses compositions orchestrales ou pianistiques, et particulièrement à ses œuvres pour piano et orchestre.



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À bientôt
Claude Fernandez


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