SOMMAIRE


RÉPERTOIRE CRITIQUE-


LÉGENDE DES APPRÉCIATIONS SUR LES OEUVRES


- : peu intéressant

* : assez bon

** : bon

*** : excellent

**** : exceptionnel


Exemple pour une oeuvre en plusieurs mouvements :

Concerto (***/-/**)

Si l'intitulé de l'oeuvre présente un lien, vous pouvez écouter un extrait


SAEVERUD Harald (1897-1992)

ORCHESTRE

Les oeuvres ci-dessous reflètent à mon sens un style passablement et volontairement simpliste s'apparentant à celui du Groupe des Six ou parfois de Chostakovitch, quoique Saeverud ne manifeste jamais de provocation. L'ensemble est assez peu cuivré, s'orientant plutôt vers un mélodisme à mon avis sans originalité. La 1ère Suite Peer Gynt se présente comme une suite de caprices où ne m'apparaît aucune volonté d'affirmer une quelconque esthétique musicale. La Seconde Suite Peer Gynt apparaît plus stridente, à la limite du tonalisme. Ni l'une ni l'autre à mon sens n'affirment la moindre idée musicale. La Smafuglvals op 18 n°2 me semble faussement idyllique et véritablement burlesque. Le compositeur paraît absent de ces pages sans inspiration. Une évolution navrante de Saeverud par rapport à sa très lyrique et expressionniste Ballade de révolte et au Rondo amoroso. En revanche, ces deux oeuvres sublimes traduisent la palette expressive très large de ce compositeur. Le Rondo amoroso est une oeuvre mélodique, notamment à la flûte, mais elle empreinte de ce mystère indéfinissable qui caractérise la musique nordique. La Ballade de révolte nous introduit au coeur de l'expressionnisme en un immense crescendo très lyrique succédant à une introduction pathétique dans le grave, quasi funèbre. Une oeuvre magistrale véhiculant une émotion viscérale.

Siljuslaten op 17a (1943) (-)

Her last Gradle Song op 22a n°3 (1946) (-)

Fanfare and hymn op 48 (1970 ) (-)

Vade Mors op 38 (1955) (-)

Peer Gynt Suite I op 28 I (1947) (-)

Peer Gynt Suite II op 28 II (1947) (-)

Syljetone (-)

Cinquanta variazoni piccoli op 8 (1931) (-)

Gjaetlevise Variations op 15 (1941) (-)

Smafulvals op 18 n°2 (-)

The Devil's Five-hop (-)

Hymn against the Boyg (-)

Mixed Company (-)

Rondo amoroso (1941) (***)

Symphonie n°3 B b m op 5 (1926-1926) (-/-/-)

Le premier mouvement de cette symphonie, pathétique (du moins en apparence), semble épargné par le cacophonisme qui envahit peu à peu la structure musicale du second mouvement, puis surtout le dernier mouvement. Dans l'ensemble, aucune thématique ne me semble se dégager de cette oeuvre.

Ballade de révolte (Kjempeviseslatten) (1940-1943 env) (****)

VIOLON ORCHESTRE

Concerto op 37 (1956) (-/-/-)

Moins bruyant que les oeuvres symphoniques du compositeur, ce concerto présente parfois des parties mélodiques (notamment dans le troisième mouvement), sans qu'une thématique précise n'apparaisse. L'orchestration est remarquablement aérée et légère, mais n'en demeure pas moins très cuivrée. Par rapport aux innombrables concertos modernes pour violon, celui de Saeverud (qui pour moi n'en est pas moins moderne au sens négatif du terme), présente un soliste affirmant un jeu très legato et exploitant très peu le staccato en double cordes, ce qui nous épargne au moins les stridences généralement liées à l'utilisation abusive de cette technique.

Romanza op 23 (1942) (-)

FLUTE ORCHESTRE

Divertimento op 13 (1941) (-)

PIANO ORCHESTRE

Concerto op 31 (-)

SAINT-SAËNS Camille (1835-1921)

DUO PIANO VIOLONCELLE

Dans les deux sonates, Saint-Saëns se montre à mon avis plus inspiré que dans son concerto pour violoncelle. Il semble cependant que ce genre instrumental soit assez peu propice à l'expression de son tempérament lyrique qui se manifeste si bien notamment dans ses deux trios, pour ne considérer que la musique de chambre du maître. Par rapport à ces oeuvres, c'est le caractère très discret du piano, ici restreint à un pur rôle d'accompagnement, qui apparaît le plus étonnant. Le violoncelle, dans un style d'une grande virtuosité, demeure, me semble-t-il, limité par une thématique souvent peu marquante. Il faut cependant excepter le quatrième mouvement "Allegro ma non troppo grazioso" de la "Sonate n°2 op 123" et le premier mouvement de la "Sonate n°1 op 32" "Allegro" où apparaît à mon avis une profonde expressivité. Ce dernier mouvement montre parfois des accents beethovéniens.

FLÛTE ORCHESTRE

Tarentelle op 6 (**)

Cette oeuvre illustre la pugnacité lyrique de Saint-Saëns. Orchestre et soliste sont intimement mêlés dans une thématique qui trahi une certaine imprégnation rhapsodique russe. Contrairement à de nombreuses oeuvres concertantes du compositeur, le soliste ne vise pas essentiellement à la virtuosité, mais se trouve plutôt intégré dans la structure orchestrale. On peut regretter, dans cette oeuvre, qui reste à mon avis d'une belle qualité, une certaine limitation et répétivité de motifs, dont l'envergure demeure parfois un peu limitée.

HARPE

Fantaisie (-)

ORCHESTRE

L'ensemble des symphonies de Saint-Saëns, dont la première a été écrite à 15 ans, semble confirmer, à mon avis, que le compositeur a préférentiellement exprimé son génie dans les oeuvres pour piano et orchestre, pour piano, voire pour violon et orchestre et non dans le genre purement symphonique, la 3ème symphonie faisant exception. Ces symphonies semblent écrites dans le style de Beethoven dont Saint-Saëns avait pu entendre les oeuvres dans sa jeunesse. Malgré un ensemble qui manque à mon avis de puissance dramatique, on peut remarquer l'"Andantino" de la "Symphonie en la majeur", l'"Adagio" de la "Symphonie n°1" qui sont empreint d'une forte originalité, notamment en ce qui concerne la couleur instrumentale pour l'"Adagio". La "Symphonie n°3", qui me semble d'une grande richesse inventive, souffre à mon avis d'une structure anarchique, de plus l'intégration de l'orgue m'apparaît très discutable. Les quatre poèmes symphoniques, qui constituent à mon avis une incontestable réussite, présentent chacun une coloration propre. "Le rouet d'Omphale", "La Jeunesse d'Hercule" réfèrent au style particulier des ballets tchaïkovskiens ("La Belle au Bois dormant"), en même temps mystérieux et féerique. La comparaison des dates de composition montre c'est Saint-Saëns est le précurseur de ce style caractéristique dont la première ébauche remonte sans doute à Liszt (dans son "Faust). Plus lyriques, "Phaéton, la "Danse macabre" représentent, me semble-t-il, une belle démonstration d'effets orchestraux très extériorisés. Quel que soit l'intérêt très réel de ces partitions, il me semble que la personnalité de Saint-Saëns ne s'y exprime pas aussi profondément que dans les concertos pour piano ou les trios.

Orient et Occident (-)

Le rouet d'Omphale (***)

Phaéton (***)

La jeunesse d'Hercule (**)

Danse macabre (***)

Symphonie en la M 1850 (*/**/-/-)

Symphonie n°1 1853 (-/-/**/-)

Symphonie n°2 1859 (-/-/-/*)

Symphonie en fa M Urbs Roma 1857 (*/-/-/-)

Symphonie n°3 avec orgue 1886 (***/-/**/***)

ORGUE

Ces quatre pièces très sages, sans aucune virtuosité ni recherche de brillant, sont probablement peu représentatives de l'oeuvre pour orgue quantitativement très importante de Saint-Saëns. Contrastant singulièrement avec le style habituel du compositeur, elles témoignent cependant, me semble-t-il, de son inépuisable inventivité sur le plan thématique. Chacune possède au moins un motif principal remarquable, amoindri cependant à mon avis par des passages de transition plus faibles.

Marche religieuse op 107 (**)

Bénédiction nuptiale op 9 (**)

Prélude en C M (**)

Thème, variations et Choral de Dies irae (**)

PIANO

Sans atteindre à mon avis la richesse de son oeuvre pour piano et orchestre, l'oeuvre pour piano seul de Saint-Saëns mérite de figurer avec celle de Chopin, de Liszt, de Debussy, de Rodrigo, de Moussorgski, de Beethoven, de Gottschalk, de Tchaïkovski... parmi les plus belles intégrales d'oeuvres pour piano. Malheureusement, la notoriété acquise par certaines de ces pièces (par exemple "Les cloches du soir") du vivant du compositeur ne s'est pas transmise jusqu'à nous et la musique pour piano solo de Saint-Saëns demeure trop souvent ignorée des interprètes. Dans cette oeuvre multiforme, Saint-Saëns à mon avis confirme son image de "maître pianiste foudroyant", imprimant à certaines de ses pièces une véritable sauvagerie frénétique, une intensité expressive farouche et poignante. La pièce la plus caractéristique de ce point de vue me paraît être la première des "Six études op 52" et la cinquième. Certaines pièces s'orientent vers le style impressionnisme, par exemple le début du "Scherzo op 87" aux sonorités typiquement debussystes. On peut citer aussi les gammes fondues du "Feuillet d'album op 81". Cependant, la référence omniprésente reste celle de Liszt. On peut seulement regretter à mon avis que cette magnifique intégrale soit encombrée de pièces de structure systématique telles les gavottes, gigues de la "Suite pour piano" et autres études purement pédagogiques sans grand intérêt (Six études op 111).

Six bagatelles op 3 (**)

Duettino op 11 (**)

Beethoven variations op 35 (*)

Allegro op 29(****)

Caprice sur les airs de ballet d'Alceste 1867 (**)

Mazurka op 21 (**)

Mazurka op 24 (***)

Mazurka op 66 (*)

Gavotte op 23 (*)

Six études

n° 1 (***)

n° 2 (***)

n° 3 (-)

n° 4 (-)

n° 5 (****/-)

n° 6 En forme de valse (***)

Allegro appassionato op 70 (**)

Menuet et valse op 56 (***)

Une nuit à Lisbonne (**)

Polonaise op 77 (**)

Album pour piano

Prélude (**)

Carillon (*)

Toccata (-)

Valse (*)

Chanson napolitaine (****)

Final (**)

Souvenir d'Italie (****)

Feuillet d'album op 81 (***)

Les cloches du soir (***)

Pas redoublé (***)

Scherzo op 87 (****)

Valse canariote (*)

Suite pour piano

Prélude et fugue (-)

Menuet (*)

Gavotte (*)

Gigue (*)

Souvenir d'Italie (****)

Feuillet d'album op 81 (***)

Les cloches du soir (***)

Pas redoublé (***)

Scherzo op 87 (****)

Valse canariote (*)

Suite pour piano

n° 1 (*)

n° 2 (-)

n° 3 (-)

n° 4 (-)

n° 5 (-)

n° 6 (***)

Marche interalliée (*)

Six fugues op 161 (-)

Feuillet d'album op 169 (**)

Six études pour la main gauche (MAIN GAUCHE)

n° 1 (*)

n° 2 (*)

n° 3 (-)

n° 4 (-)

n° 5 (*)

n° 6 (-)

PIANO ORCHESTRE

La caractéristique essentielle des oeuvres pour piano et orchestre de Saint-Saëns semble un lyrisme poignant et concentré, une grande sensibilité à la netteté et à la couleur des timbres, enfin une pugnacité étonnante dans la virtuosité et la maîtrise instrumentale. Sur un autre plan, Saint-Saëns manifeste un goût affirmé du rhapsodisme ibérique, et parfois slave, sans doute sous l'influence de Sarasate. L'ensemble présente une grande unité de style. Le "Concerto n°1" manifeste déjà, me semble-t-il, toutes les qualités du compositeur. Saint-Saëns atteint à mon avis une plasticité musicale parfaite alliée à un lyrisme particulièrement concentré. La palette orchestrale (l'image est ici très exacte) me paraît d'une rare subtilité, riche, colorée, variée, sans recherche d'effets trop extériorisés. La partie de soliste me semble d'un très haut niveau de virtuosité, d'une grande maturité. La cristallinité des notes aiguës est à mon avis particulièrement mise en relief. A la richesse des harmonies, déjà caractéristique de Saint-Saëns, me semble-t-il, se superpose encore celle d'une thématique qui n'accuse pas la moindre faiblesse d'inspiration. Le "Concerto n°2", peut-être le plus sublime, exprime à mon avis dans le premier mouvement un pathétisme très intense, on admirera le thème principal, habilement varié. Les deux mouvements rapides qui suivent me paraissent d'une densité, d'un dynamisme et d'une intensité lyrique ahurissants, Nulle pages musicales, sans doute, ne sont aussi électrisées que celles-ci. D'une moindre perfection peut-être, le "Concerto n°3" est sans doute le plus fascinant par son modernisme impressionniste, son expression troublante. En revanche, le "Concerto n°4, me semble beaucoup plus préfabriqué, utilisant des recettes thématiques parfois un peu simplistes et accusant un certain manque de dynamisme, notamment dans le second mouvement. La "Grande Fantaisie zoologique" est certainement l'une des partitions les plus magistrales de toute la musique. Il semble que l'on ait trop limité cette oeuvre à son contenu humoristique en négligeant sa dimension pathétique et sa modernité dans le sens impressionniste. Signalons "Aquarium" aux sonorités troublantes. ""Personnages aux longues oreilles", "Coucou au fond des bois" nous évoquent un sentiment puissant, indéfinissable atteignant l'angoisse métaphysique. La dernière partie constitue à mon avis un résumé magistral de l'oeuvre. Toutes les qualités de Saint-Saëns transparaissent, me semble-t-il, dans la Fantaisie "Africa": pianisme éblouissant, orchestration raffinée. Tous les thèmes, ici particulièrement nombreux et contrastés, traduisent à mon avis le même génie intarissable qui s'épanouit dans les concertos. En première partie de cette oeuvre, domine une phrase de nature essentiellement rythmique, puis en seconde partie, apparaît un thème pianistique en accords redoublés, ainsi qu'un motif orchestral repris au piano, très dynamique et coulé, dans une tonalité andalouse. L'accelerando final me paraît particulièrement dense. Le "Concerto n°5 Égyptien" me semble un chef-d'oeuvre d'impressionnisme auquel Saint-Saëns joint l'irrésistible intensité du rhapsodisme (essentiellement ibérique malgré le titre de l'oeuvre). On retiendra dans le second mouvement les nombreux arpèges descendants ainsi que les notes aiguës répétées évoquant la stridulation des cigales. Le troisième mouvement, comparablement aux deux derniers mouvements du "Concerto n°2" est sans doute un des pages les plus frénétiques de Saint-Saëns. La virtuosité y atteint parfois une violence farouche. "Wedding-Cake me paraît une oeuvre idyllique, gracieuse, magnifique.

Carnaval des animaux 1886 (****)

Concerto n°1 1858 (***/****/***)

Concerto n°2 1868 (****/***/****)

Concerto n°3 1869 (***/**/*)

Concerto n°4 1873 (**/**)

Concerto n°5 Égyptien 1895 (***/***/****)

Fantaisie Africa 1891 (***)

Rhapsodie d'Auvergne 1884 (*)

Wedding-Cake 1886 (***)

QUATUOR

Caprice op 79 sur des airs danois et russes (FLÛTE HAUTBOIS CLARINETTE PIANO) 1887 (***)

Comme dans les deux trios, Saint-Saëns, sans aucun complexe, développe des traits de virtuosité impressionnante que l'on rencontre plus habituellement dans le genre concertant. On mesure ici le niveau de subtilité compositionnelle atteint par le compositeur pour cet instrument. Cet épanchement pianistique, d'un lyrisme volontairement moins fulgurant que dans les concertos, me paraît cependant, et en cela même, bienvenu et ne nuit en rien à l'unité du quatuor ni à l'expression des autres instruments. Dans le même esprit, la flûte, le hautbois, la clarinette développent aussi des traits de haute voltige auxquels Saint-Saëns imprime de surcroît une coloration impressionniste particulièrement troublante. Cette oeuvre constitue une réalisation à mon avis remarquable de ce que l'on pourrait nommer l'orchestre de soliste. Comme dans d'autres compositions de Saint-Saëns des effets très modernes voisinent avec des tours mélodiques mozartiens. Les thèmes mélodiques, quoique très beaux, ne se hissent peut-être pas à la hauteur des motifs de virtuosité. L'ensemble communique un pathétisme très prenant, bien caractéristique de la musique de chambre de Saint-Saëns. Le caractère rhapsodique russe et danois annoncé apparaît peu. Décidément, le rhapsodisme russe ou nordique pratiqué par les compositeurs qui ne sont pas originaires de ces pays (Lalo par exemple) aura conduit souvent à des oeuvres sans couleur rhapsodique réelle contrairement à ce qu'il en est de l'utilisation du rhapsodisme ibérique, notamment par Saint-Saëns lui-même.

SEXTUOR

Septuor op 65 (TROMPETTE 2 VIOLONS ALTO VIOLONCELLE CONTREBASSE PIANO) 1880 (***/***/***/***)

Cette oeuvre très curieuse, évoquant le style prébaroque caractéristique des "Suites" de Jean-Sébastien Bach, démontre, s'il en était besoin, l'art du pastiche de Saint-Saëns, mais un pastiche qui se dépasse lui-même pour s'annihiler, se métamorphoser en un style personnel indéfinissable, puissamment original à mon avis. Le "Préambule" présente de brusques plongées dans le pathétique, des ruptures rythmiques saisissantes. Un ostinato obsédant sous-tend la seconde partie du mouvement créant une tension particulièrement troublante. L"'intermède" est un autre ostinato persistant qui accompagne une mélodie à mon avis sublime d'une gravité exceptionnelle et s'impose irrésistiblement à nu à la fin du mouvement. La dernière partie, "Gavotte et Final" restaure un type de composition plus conforme à la littérature romantique de l'époque. Cette oeuvre permettra d'admirer, me semble-t-il, le génie mélodique de Saint-Saëns exprimé par les cordes dans le médium et le grave. Ce qui me frappe dans ce sextuor, c'est l'audace particulière de Saint-Saëns, développant des effets souvent inusités ou rarement portés à ce point extrême d'originalité, qu'on ne peut qualifier ni de classiques, ni de modernes.

TRIO PIANO VIOLON VIOLONCELLE

Les deux trios de Saint-Saëns me paraissent des oeuvres exceptionnelles dans la production du maître au même titre que ses oeuvres pour piano et orchestre, bien que le genre de la musique de chambre s'accorde peut-être moins bien avec son tempérament lyrique. Du point de vue thématique, on discerne une nette parenté avec la "Fantaisie zoologique", parfois le "Concerto n°5 Égyptien" ainsi qu'une perceptible influence de Sarasate (notamment dans le 2ème mouvement du "Trio n°1"). De nombreux thèmes hispanisants apparaissent, notamment l'envoûtant 1er mouvement du "Trio n°2" qui rappelle "Le souvenir de Porto-Rico" de Gottschalk. Le dernier mouvement de ce même trio, avec ses octaves à l'unisson étonnantes, préfigure Messiean. Par rapport à ce type de composition, l'écriture apparaît très virtuose, notamment celle du piano, le violon demeurant souvent plus en retrait. Saint-Saëns tire également un grand parti, à mon avis, des sonorités graves particulièrement émouvantes du violoncelle. On retrouve dans ces pièces l'âpreté, parfois même la brutalité, si caractéristiques de certaines pièces pour piano du maître. Le mouvement le plus varié, le plus dense thématiquement est peut-être le second mouvement du "Trio n°2".

Trio n°1 op 18 1867 (**/***/***/***)

Trio n°2 1892 (***/****/*/*/**)

VIOLON ORCHESTRE

Concerto n°1 (**)

On retrouve à mon avis dans cette oeuvre courte l'originalité symphonique de Saint-Saëns et sa maîtrise parfaite du soliste. Le violon, volubile, plein de grâce, me semble-t-il, demeure dans une tessiture très grave qui interdit tout effet brillant ou même lyrique. Hors le thème principal, le violon se perd souvent à mon avis en développements plus faibles. L'orchestration, qui procède par courtes cellules rythmiques, subtiles et colorées, constitue peut-être la partie la plus réussie de l'oeuvre.

Concerto n°2 (**/****/**)

C'est l'oeuvre pour violon et orchestre de Saint-Saëns qui m'apparaît, avec l'"Introduction et rondo capriccioso" la plus dynamique et la plus contrastée. Une vie et un lyrisme généreux, me semble-t-il, la traverse d'un bout à l'autre. On doit signaler l'empreinte de Berlioz dans l'orchestration, influence qui n'apparaît guère dans les autres oeuvres du maître. L'introduction du soliste par laquelle débute le premier mouvement, me paraît absolument stupéfiante. On admirera les subtiles inflexions mélodiques et les contrastes rythmiques et thématiques, cependant le thème principal me semble trop répétitif. Un passage rapide en staccato rappelle un motif du "Concerto n°6" de Paganini (premier mouvement). Le second mouvement, d'une étonnante diversité thématique à mon avis, révèle chez Saint-Saëns une veine mélodique exceptionnelle. Sur un fond d'accompagnement réduit, violons, puis harpe..., le soliste développe d'admirables motifs dans le médium. Un crescendo sublime à mon avis (longue suite de doubles cordes) termine le mouvement en véritable élan d'exaltation passionné. Saint-Saëns me paraît atteindre dans cet andante une intensité bouleversante de l'expression, qui va jusqu'à l'envoûtement. Les nombreuses notes isolées surgissant du silence, ainsi que les intermèdes orchestraux (en particulier un motif fulgurant à la clarinette) introduisent une dimension impressionniste. L'"Allegro" bénéficie, me semble-t-il, d'un excellent thème principal, qui ne parvient cependant pas toujours à masquer la faiblesse des autres motifs. Certains passages, en legato dans l'extrême aigu me paraissent très incisifs.

Concerto n°3 (*/*/**)

Le soliste, dans une tessiture plutôt grave, ne parvient jamais, me semble-t-il, à accaparer l'oreille, pas plus que l'orchestre malgré ses courtes inflexions sévères et solides. Le second mouvement se caractérise par les discours alternés du violon, du hautbois et de la clarinette, ce qui lui communique à mon avis une certaine joliesse naturelle. C'est le dernier mouvement qui présente à mon goût des thèmes suffisamment originaux pour raviver l'intérêt.

Concerto n°4 (**)

Ce concerto inachevé me paraît dominé par un thème moderato et un thème lent. Le style est à mon avis varié et raffiné. Le violon, à ce qu'il me semble, fait preuve de grandes qualités mélodiques dans les sections lentes, assez nombreuses, mais sa tessiture grave diminue son expressivité et son lyrisme.

Romance (**)

Mélodie courte, dans le médium, très récitative. L'accompagnement est réduit essentiellement aux bois qui réalisent des motifs en contre-chant.

Havanaise (**)

Cette oeuvre, lente et très mélodique, contient à mon avis de très beaux motifs, malgré quelques passages plus faibles. Le dernier thème, rapide, débute par un motif dramatique. Le style, soliste et orchestre réunis, m'apparaît particulièrement achevé.

Le Déluge Prélude (**)

C'est un déluge très statique que nous évoque Saint-Saëns, qu'on pourrait interpréter comme une déploration pathétique devant l'abîme, pleine de recueillement. On notera l'accompagnement aux cordes de la mélodie dans le grave. L'atmosphère, par l'utilisation spéciale des harmonies de cordes, évoque le "Quatuor pour la fin du temps" de Messiaen.

Introduction et rondo capriccioso (****)

Cette oeuvre à mon avis sublime, particulièrement prenante, est sans doute la composition de Saint-Saëns qui porte le plus la marque de Sarasate, par l'allure hispanisante des thèmes sans argument rhapsodique annoncé et par l'emploi particulier des staccato et glissandi. Cependant la tessiture est nettement plus grave que chez Sarasate, ce qui ôte à l'oeuvre un certain brillant. Deux thèmes principaux, très dynamiques et très caractéristiques, dominent l'oeuvre.

Caprice andalou (***)

Ce caprice, qui ne frappe pas à mon avis dès l'abord, émane un charme discret, mais prenant. L'oeuvre se compose de nombreux thèmes très mélodiques, en particulier un tutti très entraînant, me semble-t-il, et un motif du soliste dans le grave rappelant un thème de "Carmen" (Bizet). La finale évoque la seconde partie des "Airs bohémiens" de Sarasate. L'orchestre, qui évolue en arrière-plan, fait preuve à mon avis d'une subtilité remarquable, notamment par l'emploi de la clarinette.

VIOLON VIOLONCELLE ORCHESTRE

La Muse et le Poète (-)

C'est à mon avis l'une des oeuvres les plus décevantes de Saint-Saëns, qui ne recèle guère de souffle poétique. Il faut signaler cependant un court passage central, remarquable à mon avis par l'accompagnement à la clarinette et les pizzicati de cordes. Le violon, qui tient une place secondaire, ne fait montre d'aucune virtuosité et d'aucun éclat.

VIOLONCELLE ORCHESTRE

Concerto n°1 (-/-/*)

Saint-Saëns semble dans cette oeuvre privé de toutes ses qualités imaginatives et mélodiques.


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