LÉGENDE DES APPRÉCIATIONS SUR LES
ŒUVRES
- :
peu intéressant * :
assez bon ** :
bon *** :
excellent **** : exceptionnel Appréciation d'une œuvre en plusieurs mouvements : ex
: Concerto (***/-/**)
Si l'intitulé de l'œuvre présente un
lien, vous pouvez écouter un extrait
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SAEVERUD Harald (1897-1992)
ORCHESTRE
Les oeuvres ci-dessous
reflètent à mon sens un style passablement et volontairement simpliste
s’apparentant à celui du Groupe des Six ou parfois de Chostakovitch, quoique
Saeverud ne manifeste jamais de provocation. L’ensemble est assez peu cuivré,
s’orientant plutôt vers un mélodisme à mon avis sans originalité. La 1ère Suite Peer Gynt se présente comme une
suite de caprices où ne m’apparaît aucune volonté d’affirmer une quelconque
esthétique musicale. La Seconde Suite Peer Gynt apparaît plus stridente,
à la limite du tonalisme. Ni l’une ni l’autre à mon sens n’affirment la moindre
idée musicale. La Smafuglvals op 18 n°2 me semble faussement idyllique
et véritablement burlesque. Le compositeur paraît absent de ces pages sans
inspiration. Une évolution navrante de Saeverud par rapport à sa très lyrique
et expressionniste Ballade de révolte et au Rondo amoroso. En
revanche, ces deux oeuvres sublimes traduisent la palette expressive très large
de ce compositeur. Le Rondo amoroso est une oeuvre mélodique, notamment
à la flûte, mais elle empreinte de ce mystère indéfinissable qui caractérise la
musique nordique. La Ballade de révolte nous introduit au coeur de
l'expressionnisme en un immense crescendo très lyrique succédant à une
introduction pathétique dans le grave, quasi funèbre. Une oeuvre magistrale
véhiculant une émotion viscérale.
Siljuslaten op 17a (1943) (-)
Her last Gradle Song op 22a n°3
(1946) (-)
Fanfare and hymn op 48 (1970 )
(-)
Vade Mors op 38 (1955) (-)
Peer Gynt Suite I op 28 I
(1947) (-)
Peer Gynt Suite II op 28 II
(1947) (-)
Syljetone (-)
Cinquanta variazoni piccoli op
8 (1931) (-)
Gjaetlevise Variations op 15
(1941) (-)
Smafulvals op 18 n°2 (-)
The Devil’s Five-hop (-)
Hymn against the Boyg (-)
Mixed Company (-)
Rondo amoroso (1941) (***)
Symphonie n°3 B b m op 5
(1926-1926) (-/-/-)
Le premier mouvement de
cette symphonie, pathétique (du moins en apparence), semble épargné par le
cacophonisme qui envahit peu à peu la structure musicale du second mouvement,
puis surtout le dernier mouvement. Dans l’ensemble, aucune thématique ne me
semble se dégager de cette oeuvre.
Ballade de révolte
(Kjempeviseslatten) (1940-1943 env) (****)
VIOLON ORCHESTRE
Concerto op 37 (1956) (-/-/-)
Moins bruyant que les
oeuvres symphoniques du compositeur, ce concerto présente parfois des parties
mélodiques (notamment dans le troisième mouvement), sans qu’une thématique
précise n’apparaisse. L’orchestration est remarquablement aérée et légère, mais
n’en demeure pas moins très cuivrée. Par rapport aux innombrables concertos
modernes pour violon, celui de Saeverud (qui pour moi n’en est pas moins
moderne au sens négatif du terme), présente un soliste affirmant un jeu très legato et exploitant très peu le
staccato en double cordes, ce qui nous épargne au moins les stridences
généralement liées à l’utilisation abusive de cette technique.
Romanza op 23 (1942) (-)
FLUTE ORCHESTRE
Divertimento op 13 (1941) (-)
PIANO ORCHESTRE
Concerto op 31 (-)
SAINT-SAËNS Camille
(1835-1921)
DUO PIANO VIOLONCELLE
Dans les deux sonates,
Saint-Saëns se montre à mon avis plus inspiré que dans son concerto pour
violoncelle. Il semble cependant que ce genre instrumental soit assez peu
propice à l'expression de son tempérament lyrique qui se manifeste si bien
notamment dans ses deux trios, pour ne considérer que la musique de chambre du
maître. Par rapport à ces œuvres, c'est le caractère très discret du piano, ici
restreint à un pur rôle d'accompagnement, qui apparaît le plus étonnant. Le
violoncelle, dans un style d'une grande virtuosité, demeure, me semble-t-il,
limité par une thématique souvent peu marquante. Il faut cependant excepter le
quatrième mouvement "Allegro ma non troppo grazioso" de la
"Sonate n°2 op 123" et le premier mouvement de la "Sonate n°1 op
32" "Allegro" où apparaît à mon avis une profonde expressivité.
Ce dernier mouvement montre parfois des accents beethovéniens.
FLÛTE ORCHESTRE
Tarentelle op 6 (**)
Cette oeuvre illustre la
pugnacité lyrique de Saint-Saëns. Orchestre et soliste sont intimement mêlés
dans une thématique qui trahi une certaine imprégnation rhapsodique russe.
Contrairement à de nombreuses oeuvres concertantes du compositeur, le soliste
ne vise pas essentiellement à la virtuosité, mais se trouve plutôt intégré dans
la structure orchestrale. On peut regretter, dans cette oeuvre, qui reste à mon
avis d'une belle qualité, une certaine limitation et répétivité de motifs, dont
l'envergure demeure parfois un peu limitée.
HARPE
Fantaisie (-)
ORCHESTRE
L’ensemble des symphonies de
Saint-Saëns, dont la première a été écrite à 15 ans, semble confirmer, à mon
avis, que le compositeur a préférentiellement exprimé son génie dans les
oeuvres pour piano et orchestre, pour piano, voire pour violon et orchestre et
non dans le genre purement symphonique, la 3ème symphonie faisant exception.
Ces symphonies semblent écrites dans le style de Beethoven dont Saint-Saëns
avait pu entendre les oeuvres dans sa jeunesse. Malgré un ensemble qui manque à
mon avis de puissance dramatique, on peut remarquer l’"Andantino" de
la "Symphonie en la majeur", l’"Adagio" de la
"Symphonie n°1" qui sont empreint d’une forte originalité, notamment
en ce qui concerne la couleur instrumentale pour l’"Adagio". La
"Symphonie n°3", qui me semble d'une grande richesse inventive,
souffre à mon avis d'une structure anarchique, de plus l'intégration de l'orgue
m'apparaît très discutable. Les quatre poèmes symphoniques, qui constituent à
mon avis une incontestable réussite, présentent chacun une coloration propre. "Le
rouet d'Omphale", "La Jeunesse d'Hercule" réfèrent au style
particulier des ballets tchaïkovskiens ("La Belle au Bois dormant"),
en même temps mystérieux et féerique. La comparaison des dates de composition
montre c'est Saint-Saëns est le précurseur de ce style caractéristique dont la
première ébauche remonte sans doute à Liszt (dans son "Faust). Plus
lyriques, "Phaéton, la "Danse macabre" représentent, me
semble-t-il, une belle démonstration d'effets orchestraux très extériorisés.
Quel que soit l'intérêt très réel de ces partitions, il me semble que la
personnalité de Saint-Saëns ne s'y exprime pas aussi profondément que dans les
concertos pour piano ou les trios.
Orient et
Occident (-) SAINT-SAËNS
Le rouet d’Omphale (***)
Phaéton (***)
La jeunesse d’Hercule (**)
Danse macabre (***)
Symphonie en la M 1850 (*/**/-/-)
Symphonie n°1 1853 (-/-/**/-)
Symphonie n°2 1859 (-/-/-/*)
Symphonie en fa M Urbs Roma 1857
(*/-/-/-)
Symphonie n°3 avec orgue 1886
(***/-/**/***)
ORGUE
Ces quatre pièces très
sages, sans aucune virtuosité ni recherche de brillant, sont probablement peu
représentatives de l'œuvre pour orgue quantitativement très importante de
Saint-Saëns. Contrastant singulièrement avec le style habituel du compositeur,
elles témoignent cependant, me semble-t-il, de son inépuisable inventivité sur
le plan thématique. Chacune possède au moins un motif principal remarquable,
amoindri cependant à mon avis par des passages de transition plus faibles.
Marche religieuse op 107 (**)
Bénédiction nuptiale op 9 (**)
Prélude en C M (**)
Thème, variations et Choral de
Dies irae (**)
PIANO SAINT-SAËNS
Sans atteindre à mon avis la
richesse de son oeuvre pour piano et orchestre, l'œuvre pour piano seul de
Saint-Saëns mérite de figurer avec celle de Chopin, de Liszt, de Debussy, de
Rodrigo, de Moussorgski, de Beethoven, de Gottschalk, de Tchaïkovski... parmi
les plus belles intégrales d'œuvres pour piano. Malheureusement, la notoriété
acquise par certaines de ces pièces (par exemple "Les cloches du
soir") du vivant du compositeur ne s'est pas transmise jusqu'à nous et la
musique pour piano solo de Saint-Saëns demeure trop souvent ignorée des
interprètes. Dans cette oeuvre multiforme, Saint-Saëns à mon avis confirme son
image de "maître pianiste foudroyant", imprimant à certaines de ses
pièces une véritable sauvagerie frénétique, une intensité expressive farouche
et poignante. La pièce la plus caractéristique de ce point de vue me paraît
être la première des "Six études op 52" et la cinquième. Certaines
pièces s'orientent vers le style impressionnisme, par exemple le début du
"Scherzo op 87" aux sonorités typiquement debussystes. On peut citer
aussi les gammes fondues du "Feuillet d'album op 81". Cependant, la
référence omniprésente reste celle de Liszt. On peut seulement regretter à mon
avis que cette magnifique intégrale soit encombrée de pièces de structure
systématique telles les gavottes, gigues de la "Suite pour piano" et
autres études purement pédagogiques sans grand intérêt (Six études op 111).
Six bagatelles op 3 (**) SAINT-SAËNS
Duettino op 11 (**)
Beethoven variations op 35 (*)
Allegro op 29(****)
Caprice sur les airs de ballet
d’Alceste 1867 (**)
Mazurka op 21 (**)
Mazurka op 24 (***)
Mazurka op 66 (*)
Gavotte op 23 (*)
Six études
n°
1 (***)
n°
2 (***)
n°
3 (-)
n°
4 (-)
n°
5 (****/-)
n°
6 En forme de valse (***)
Allegro appassionato op 70 (**)
Menuet et valse
op 56 (***) SAINT-SAËNS
Une nuit à Lisbonne (**)
Polonaise op 77 (**)
Album pour piano
Prélude
(**)
Carillon
(*)
Toccata
(-)
Valse
(*)
Chanson
napolitaine (****)
Final
(**)
Souvenir d’Italie (****)
Feuillet d’album op 81 (***)
Les cloches du soir (***)
Pas redoublé (***)
Scherzo op 87 (****)
Valse canariote (*)
Suite pour piano SAINT-SAËNS
Prélude
et fugue (-)
Menuet
(*)
Gavotte
(*)
Gigue
(*)
Souvenir d’Italie (****)
Feuillet d’album op 81 (***)
Les cloches du soir (***)
Pas redoublé (***)
Scherzo op 87 (****)
Valse canariote (*)
Suite pour piano SAINT-SAËNS
n°
1 (*)
n°
2 (-)
n°
3 (-)
n°
4 (-)
n°
5 (-)
n°
6 (***)
Marche interalliée (*)
Six fugues op 161 (-)
Feuillet d’album op 169 (**)
Six études pour la main gauche
(MAIN GAUCHE)
n° 1 (*)
n° 2 (*)
n° 3 (-)
n° 4 (-)
n° 5 (*)
n° 6 (-)
PIANO ORCHESTRE SAINT-SAËNS
La caractéristique essentielle
des oeuvres pour piano et orchestre de Saint-Saëns semble un lyrisme poignant
et concentré, une grande sensibilité à la netteté et à la couleur des timbres,
enfin une pugnacité étonnante dans la virtuosité et la maîtrise instrumentale.
Sur un autre plan, Saint-Saëns manifeste un goût affirmé du rhapsodisme
ibérique, et parfois slave, sans doute sous l'influence de Sarasate. L'ensemble
présente une grande unité de style. Le "Concerto n°1" manifeste déjà,
me semble-t-il, toutes les qualités du compositeur. Saint-Saëns atteint à mon
avis une plasticité musicale parfaite alliée à un lyrisme particulièrement
concentré. La palette orchestrale (l'image est ici très exacte) me paraît d'une
rare subtilité, riche, colorée, variée, sans recherche d'effets trop
extériorisés. La partie de soliste me semble d'un très haut niveau de
virtuosité, d'une grande maturité. La cristallinité des notes aiguës est à mon
avis particulièrement mise en relief. A la richesse des harmonies, déjà
caractéristique de Saint-Saëns, me semble-t-il, se superpose encore celle d'une
thématique qui n'accuse pas la moindre faiblesse d'inspiration. Le
"Concerto n°2", peut-être le plus sublime, exprime à mon avis dans le
premier mouvement un pathétisme très intense, on admirera le thème principal,
habilement varié. Les deux mouvements rapides qui suivent me paraissent d'une
densité, d'un dynamisme et d'une intensité lyrique ahurissants, Nulle pages
musicales, sans doute, ne sont aussi électrisées que celles-ci. D'une moindre
perfection peut-être, le "Concerto n°3" est sans doute le plus
fascinant par son modernisme impressionniste, son expression troublante. En
revanche, le "Concerto n°4, me semble beaucoup plus préfabriqué, utilisant
des recettes thématiques parfois un peu simplistes et accusant un certain
manque de dynamisme, notamment dans le second mouvement. La "Grande
Fantaisie zoologique" est certainement l'une des partitions les plus
magistrales de toute la musique. Il semble que l'on ait trop limité cette
oeuvre à son contenu humoristique en négligeant sa dimension pathétique et sa
modernité dans le sens impressionniste. Signalons "Aquarium" aux
sonorités troublantes. ""Personnages aux longues oreilles",
"Coucou au fond des bois" nous évoquent un sentiment puissant, indéfinissable
atteignant l'angoisse métaphysique. La dernière partie constitue à mon avis un
résumé magistral de l'oeuvre. Toutes les qualités de Saint-Saëns
transparaissent, me semble-t-il, dans la Fantaisie "Africa": pianisme
éblouissant, orchestration raffinée. Tous les thèmes, ici particulièrement
nombreux et contrastés, traduisent à mon avis le même génie intarissable qui
s'épanouit dans les concertos. En première partie de cette oeuvre, domine une
phrase de nature essentiellement rythmique, puis en seconde partie, apparaît un
thème pianistique en accords redoublés, ainsi qu'un motif orchestral repris au
piano, très dynamique et coulé, dans une tonalité andalouse. L'accelerando
final me paraît particulièrement dense. Le "Concerto n°5 Égyptien" me
semble un chef-d'oeuvre d'impressionnisme auquel Saint-Saëns joint
l'irrésistible intensité du rhapsodisme (essentiellement ibérique malgré le
titre de l'oeuvre). On retiendra dans le second mouvement les nombreux arpèges
descendants ainsi que les notes aiguës répétées évoquant la stridulation des
cigales. Le troisième mouvement, comparablement aux deux derniers mouvements du
"Concerto n°2" est sans doute un des pages les plus frénétiques de
Saint-Saëns. La virtuosité y atteint parfois une violence farouche. "Wedding-Cake
me paraît une oeuvre idyllique, gracieuse, magnifique.
Carnaval des
animaux 1886 (****) SAINT-SAËNS
Concerto n°1 1858 (***/****/***)
Concerto n°2 1868 (****/***/****)
Concerto n°3 1869 (***/**/*)
Concerto n°4 1873 (**/**)
Concerto n°5 Égyptien 1895
(***/***/****)
Fantaisie Africa 1891 (***)
Rhapsodie d’Auvergne 1884 (*)
Wedding-Cake 1886 (***)
QUATUOR
Caprice op 79 sur des airs
danois et russes (FLÛTE HAUTBOIS CLARINETTE PIANO) 1887 (***)
Comme dans les deux trios, Saint-Saëns,
sans aucun complexe, développe des traits de virtuosité impressionnante que
l'on rencontre plus habituellement dans le genre concertant. On mesure ici le
niveau de subtilité compositionnelle atteint par le compositeur pour cet
instrument. Cet épanchement pianistique, d'un lyrisme volontairement moins
fulgurant que dans les concertos, me paraît cependant, et en cela même,
bienvenu et ne nuit en rien à l'unité du quatuor ni à l'expression des autres
instruments. Dans le même esprit, la flûte, le hautbois, la clarinette
développent aussi des traits de haute voltige auxquels Saint-Saëns imprime de
surcroît une coloration impressionniste particulièrement troublante. Cette
œuvre constitue une réalisation à mon avis
remarquable de ce que l'on pourrait nommer l'orchestre de soliste. Comme
dans d'autres compositions de Saint-Saëns des effets très modernes voisinent
avec des tours mélodiques mozartiens. Les thèmes mélodiques, quoique très
beaux, ne se hissent peut-être pas à la hauteur des motifs de virtuosité.
L'ensemble communique un pathétisme très prenant, bien caractéristique de la
musique de chambre de Saint-Saëns. Le caractère rhapsodique russe et danois
annoncé apparaît peu. Décidément, le rhapsodisme russe ou nordique pratiqué par
les compositeurs qui ne sont pas originaires de ces pays (Lalo par exemple)
aura conduit souvent à des œuvres sans couleur rhapsodique réelle contrairement
à ce qu'il en est de l'utilisation du rhapsodisme ibérique, notamment par
Saint-Saëns lui-même.
SEXTUOR
Septuor op 65 (TROMPETTE 2
VIOLONS ALTO VIOLONCELLE CONTREBASSE PIANO) 1880 (***/***/***/***)
Cette œuvre très curieuse,
évoquant le style prébaroque caractéristique des "Suites" de
Jean-Sébastien Bach, démontre, s'il en était besoin, l'art du pastiche de
Saint-Saëns, mais un pastiche qui se dépasse lui-même pour s'annihiler, se
métamorphoser en un style personnel indéfinissable, puissamment original à mon
avis. Le "Préambule" présente de brusques plongées dans le pathétique,
des ruptures rythmiques saisissantes. Un ostinato obsédant sous-tend la seconde
partie du mouvement créant une tension particulièrement troublante.
L"'intermède" est un autre ostinato persistant qui accompagne une
mélodie à mon avis sublime d'une gravité exceptionnelle et s'impose
irrésistiblement à nu à la fin du mouvement. La dernière partie, "Gavotte
et Final" restaure un type de composition plus conforme à la littérature
romantique de l'époque. Cette œuvre permettra d'admirer, me semble-t-il, le
génie mélodique de Saint-Saëns exprimé par les cordes dans le médium et le
grave. Ce qui me frappe dans ce sextuor, c'est l'audace particulière de
Saint-Saëns, développant des effets souvent inusités ou rarement portés à ce
point extrême d'originalité, qu'on ne peut qualifier ni de classiques, ni de
modernes.
TRIO PIANO VIOLON VIOLONCELLE
SAINT-SAËNS
Les deux trios de Saint-Saëns me
paraissent des oeuvres exceptionnelles dans la production du maître au même
titre que ses oeuvres pour piano et orchestre, bien que le genre de la musique
de chambre s'accorde peut-être moins bien avec son tempérament lyrique. Du
point de vue thématique, on discerne une nette parenté avec la "Fantaisie
zoologique", parfois le "Concerto n°5 Égyptien" ainsi qu'une
perceptible influence de Sarasate (notamment dans le 2ème mouvement du
"Trio n°1"). De nombreux thèmes hispanisants apparaissent, notamment
l'envoûtant 1er mouvement du "Trio n°2" qui rappelle "Le
souvenir de Porto-Rico" de Gottschalk. Le dernier mouvement de ce même
trio, avec ses octaves à l'unisson étonnantes, préfigure Messiean. Par rapport
à ce type de composition, l'écriture apparaît très virtuose, notamment celle du
piano, le violon demeurant souvent plus en retrait. Saint-Saëns tire également
un grand parti, à mon avis, des sonorités graves particulièrement émouvantes du
violoncelle. On retrouve dans ces pièces l'âpreté, parfois même la brutalité,
si caractéristiques de certaines pièces pour piano du maître. Le mouvement le
plus varié, le plus dense thématiquement est peut-être le second mouvement du
"Trio n°2".
Trio n°1 op 18 1867 (**/***/***/***)
Trio n°2 1892 (***/****/*/*/**)
VIOLON ORCHESTRE
SAINT-SAËNS
Concerto n°1 (**)
On retrouve à mon avis dans cette
oeuvre courte l'originalité symphonique de Saint-Saëns et sa maîtrise parfaite
du soliste. Le violon, volubile, plein de grâce, me semble-t-il, demeure dans
une tessiture très grave qui interdit tout effet brillant ou même lyrique. Hors
le thème principal, le violon se perd souvent à mon avis en développements plus
faibles. L'orchestration, qui procède
par courtes cellules rythmiques, subtiles et colorées, constitue peut-être la
partie la plus réussie de l'œuvre.
Concerto n°2
(**/****/**) SAINT-SAËNS
C'est l'œuvre pour violon et orchestre
de Saint-Saëns qui m'apparaît, avec l'"Introduction et rondo
capriccioso" la plus dynamique et la plus contrastée. Une vie et un
lyrisme généreux, me semble-t-il, la traverse d'un bout à l'autre. On doit
signaler l'empreinte de Berlioz dans l'orchestration, influence qui n'apparaît
guère dans les autres oeuvres du maître. L'introduction du soliste par laquelle
débute le premier mouvement, me paraît absolument stupéfiante. On admirera les
subtiles inflexions mélodiques et les contrastes rythmiques et thématiques,
cependant le thème principal me semble trop répétitif. Un passage rapide en
staccato rappelle un motif du "Concerto n°6" de Paganini (premier
mouvement). Le second mouvement, d'une étonnante diversité thématique à mon
avis, révèle chez Saint-Saëns une veine mélodique exceptionnelle. Sur un fond
d'accompagnement réduit, violons, puis harpe..., le soliste développe
d'admirables motifs dans le médium. Un crescendo sublime à mon avis (longue
suite de doubles cordes) termine le mouvement en véritable élan d'exaltation
passionné. Saint-Saëns me paraît atteindre dans cet andante une intensité
bouleversante de l'expression, qui va jusqu'à l'envoûtement. Les nombreuses
notes isolées surgissant du silence, ainsi que les intermèdes orchestraux (en
particulier un motif fulgurant à la clarinette) introduisent une dimension
impressionniste. L'"Allegro" bénéficie, me semble-t-il, d'un
excellent thème principal, qui ne parvient cependant pas toujours à masquer la
faiblesse des autres motifs. Certains passages, en legato dans l'extrême aigu
me paraissent très incisifs.
Concerto n°3
(*/*/**) SAINT-SAËNS
Le soliste, dans une tessiture
plutôt grave, ne parvient jamais, me semble-t-il, à accaparer l'oreille, pas
plus que l'orchestre malgré ses courtes inflexions sévères et solides. Le
second mouvement se caractérise par les discours alternés du violon, du
hautbois et de la clarinette, ce qui lui communique à mon avis une certaine
joliesse naturelle. C'est le dernier mouvement qui présente à mon goût des thèmes
suffisamment originaux pour raviver l'intérêt.
Concerto n°4 (**)
Ce concerto inachevé me paraît
dominé par un thème moderato et un thème lent. Le style est à mon avis varié et
raffiné. Le violon, à ce qu'il me semble, fait preuve de grandes qualités mélodiques
dans les sections lentes, assez nombreuses, mais sa tessiture grave diminue son
expressivité et son lyrisme.
Romance (**)
Mélodie courte, dans le médium,
très récitative. L'accompagnement est réduit essentiellement aux bois qui
réalisent des motifs en contre-chant.
Havanaise (**) SAINT-SAËNS
Cette oeuvre, lente et très
mélodique, contient à mon avis de très beaux motifs, malgré quelques passages
plus faibles. Le dernier thème, rapide, débute par un motif dramatique. Le
style, soliste et orchestre réunis, m'apparaît particulièrement achevé.
Le Déluge Prélude (**)
C'est un déluge très statique que
nous évoque Saint-Saëns, qu'on pourrait interpréter comme une déploration
pathétique devant l'abîme, pleine de recueillement. On notera l'accompagnement
aux cordes de la mélodie dans le grave. L'atmosphère, par l'utilisation
spéciale des harmonies de cordes, évoque le "Quatuor pour la fin du
temps" de Messiaen.
Introduction et rondo capriccioso
(****)
Cette oeuvre à mon avis sublime,
particulièrement prenante, est sans doute la composition de Saint-Saëns qui
porte le plus la marque de Sarasate, par l'allure hispanisante des thèmes sans
argument rhapsodique annoncé et par l'emploi particulier des staccato et
glissandi. Cependant la tessiture est nettement plus grave que chez Sarasate,
ce qui ôte à l'œuvre un certain brillant. Deux thèmes principaux, très
dynamiques et très caractéristiques, dominent l'œuvre.
Caprice andalou
(***) SAINT-SAËNS
Ce caprice, qui ne frappe pas à
mon avis dès l'abord, émane un charme discret, mais prenant. L'œuvre se compose
de nombreux thèmes très mélodiques, en particulier un tutti très entraînant, me
semble-t-il, et un motif du soliste dans le grave rappelant un thème de
"Carmen" (Bizet). La finale évoque la seconde partie des "Airs
bohémiens" de Sarasate. L'orchestre, qui évolue en arrière-plan, fait
preuve à mon avis d'une subtilité remarquable, notamment par l'emploi de la
clarinette.
VIOLON VIOLONCELLE ORCHESTRE
La Muse et le Poète (-)
C'est à mon avis l'une des
oeuvres les plus décevantes de Saint-Saëns, qui ne recèle guère de souffle
poétique. Il faut signaler cependant un court passage central, remarquable à
mon avis par l'accompagnement à la clarinette et les pizzicati de cordes. Le
violon, qui tient une place secondaire, ne fait montre d'aucune virtuosité et
d'aucun éclat.
VIOLONCELLE ORCHESTRE
Concerto n°1 (-/-/*)
Saint-Saëns semble dans cette
oeuvre privé de toutes ses qualités imaginatives et mélodiques.